Vous avez un peu d’argent disponible à la fin du mois. Devriez-vous l’utiliser pour rembourser vos dettes plus rapidement ou commencer à investir?
La réponse dépend du taux d’intérêt de vos dettes, mais pas seulement. Votre fonds d’urgence, votre stabilité d’emploi, vos avantages sociaux, votre tolérance au risque et le type de dette que vous détenez comptent aussi.
Rembourser une dette procure une économie prévisible. Investir offre un rendement potentiel plus élevé, mais ce rendement reste incertain. Le bon choix consiste donc à comparer une économie relativement certaine avec un résultat futur qui peut varier.
Dans plusieurs situations, la meilleure solution consiste à faire les deux.
Rembourser ses dettes ou investir : aperçu rapide
| Votre situation | Priorité généralement raisonnable |
|---|---|
| Certains paiements sont en retard | Remettre les comptes à jour |
| Vous n’avez aucun fonds d’urgence | Constituer une petite réserve |
| Votre employeur verse une cotisation équivalente dans un régime de retraite | Profiter de la cotisation patronale |
| Vous avez une dette de carte de crédit ou un prêt sur salaire | Rembourser la dette en priorité |
| Votre dette porte un taux d’intérêt modéré | Comparer l’économie garantie avec le rendement potentiel |
| Votre dette porte un taux très faible ou nul | Envisager d’investir tout en effectuant les paiements exigés |
| Vous envisagez un remboursement hypothécaire anticipé | Examiner le taux, les modalités, la liquidité et votre tolérance au risque |
| Les deux options semblent raisonnables | Répartir l’argent entre la dette et les placements |
Ce tableau constitue un point de départ. Votre décision doit également tenir compte des modalités du prêt, des conséquences fiscales et de votre capacité à respecter le plan.
Commencez par établir une base financière solide
Avant de choisir entre le remboursement accéléré d’une dette et l’investissement, vérifiez trois éléments.
1. Remettez les paiements en retard à jour
Si un compte est en souffrance, commencez généralement par le remettre à jour. Les paiements manqués peuvent entraîner des frais, augmenter le coût de l’emprunt et nuire à votre dossier de crédit.
L’Agence de la consommation en matière financière du Canada recommande également de considérer les comptes en souffrance avant de choisir une stratégie de remboursement.
2. Constituez un petit fonds d’urgence
Si vous consacrez chaque dollar disponible au remboursement d’une dette, une dépense imprévue pourrait vous obliger à emprunter de nouveau.
Une réserve accessible permet d’absorber une réparation automobile, une facture urgente ou une réduction temporaire du revenu sans retourner immédiatement au crédit.
Vous n’avez pas nécessairement besoin de constituer votre fonds d’urgence complet avant de commencer à rembourser vos dettes. Une petite réserve initiale peut déjà rendre votre plan beaucoup plus solide.
Pour établir cette réserve, consultez notre guide sur la constitution d’un fonds d’urgence au Canada.
3. Vérifiez les cotisations de votre employeur
Certains employeurs versent une cotisation équivalente à celle de l’employé dans un régime de retraite collectif.
Par exemple, si votre employeur verse un dollar pour chaque dollar que vous cotisez, jusqu’à une certaine limite, renoncer à cette cotisation signifie laisser une partie de votre rémunération inutilisée.
Lorsque votre budget le permet, il peut être judicieux de cotiser suffisamment pour obtenir la pleine contribution de l’employeur, même si vous remboursez aussi une dette.
Vérifiez toutefois les règles du régime, notamment les limites de cotisation et les conditions d’acquisition des droits.
Pourquoi rembourser une dette ressemble à obtenir un rendement garanti
Supposons que votre carte de crédit porte un taux d’intérêt annuel de 20,99 %.
Chaque dollar remboursé cesse de produire des intérêts à ce taux. En l’absence de pénalité ou d’autres particularités, cette économie est prévisible.
Un placement pourrait produire un rendement supérieur. Il pourrait également perdre de la valeur, surtout sur une courte période. Son rendement n’est donc pas directement comparable à l’économie certaine réalisée sur une dette.
Plus le taux d’intérêt est élevé, plus le remboursement devient difficile à surpasser avec un placement présentant un niveau de risque raisonnable.
Cette comparaison explique pourquoi les dettes à taux élevé devraient généralement être remboursées avant d’investir davantage.
Comparez le coût réel de la dette
Le taux affiché ne raconte pas toujours toute l’histoire. Pour évaluer le coût réel d’une dette, posez-vous les questions suivantes :
- Le taux est-il fixe ou variable?
- Le taux actuel est-il temporaire?
- Des frais s’ajoutent-ils aux intérêts?
- Une pénalité s’applique-t-elle au remboursement anticipé?
- Les intérêts sont-ils déductibles dans votre situation?
- Le prêt offre-t-il des protections ou des options de remboursement particulières?
- Pourriez-vous avoir besoin de l’argent à court terme?
- Le remboursement libérera-t-il un paiement mensuel important?
Dans certaines situations précises, les intérêts sur de l’argent emprunté pour tenter de gagner un revenu de placement peuvent être déductibles. Cette déduction ne s’applique toutefois pas automatiquement et ne couvre généralement pas l’argent emprunté pour cotiser à un CELI, un REER ou un CELIAPP.
L’Agence du revenu du Canada explique les règles applicables aux frais d’intérêt et aux frais financiers. Consultez un professionnel de la fiscalité lorsque la déductibilité influence votre décision.
Les dettes à taux élevé passent généralement en premier
Les cartes de crédit, les prêts sur salaire et certaines dettes non garanties peuvent coûter beaucoup plus cher que le rendement raisonnablement attendu d’un portefeuille diversifié.
Dans ces situations, le remboursement de la dette constitue habituellement la priorité.
Vous pouvez choisir entre deux méthodes courantes :
- La méthode avalanche, qui cible d’abord la dette au taux d’intérêt le plus élevé.
- La méthode boule de neige, qui cible d’abord le plus petit solde afin de créer rapidement un sentiment de progrès.
La méthode avalanche réduit normalement davantage les intérêts. La méthode boule de neige peut toutefois être utile si les petites victoires vous aident à poursuivre votre plan.
Notre comparaison de la méthode boule de neige et de la méthode avalanche peut vous aider à choisir.
Si les cartes de crédit représentent votre principal problème, consultez aussi notre guide pour rembourser rapidement ses dettes de carte de crédit.
Les dettes à taux modéré exigent plus de jugement
Lorsque le taux d’intérêt n’est ni très élevé ni presque nul, la décision devient moins évidente.
Examinez alors les éléments suivants :
- Le taux effectif de la dette.
- Le rendement potentiel après frais et impôts.
- Votre horizon de placement.
- Votre tolérance aux baisses du marché.
- La stabilité de votre revenu.
- La taille de votre fonds d’urgence.
- La souplesse du prêt.
- L’effet psychologique de la dette sur vous.
Il n’existe pas de taux universel qui rende automatiquement l’une des deux options supérieure.
Une personne disposant d’un revenu stable, d’un fonds d’urgence complet et d’un horizon de 25 ans peut raisonnablement investir tout en remboursant une dette à taux modéré. Une autre personne, dont le revenu est irrégulier et qui dort mal à cause de ses dettes, peut préférer les rembourser plus rapidement.
Lorsque les deux choix semblent valables, répartir votre argent entre le remboursement et l’investissement constitue souvent une solution pratique.
Les dettes à faible taux ou sans intérêt
Une dette à très faible taux d’intérêt exerce moins de pression sur votre rendement futur.
Dans cette situation, investir tout en effectuant les paiements exigés peut être raisonnable, surtout si vous avez un horizon à long terme et que votre situation financière est stable.
Les prêts d’études canadiens constituent un exemple important. Le gouvernement fédéral a éliminé de façon permanente les intérêts sur les prêts d’études canadiens à compter du 1er avril 2023.
La portion provinciale ou territoriale d’un prêt peut toutefois être soumise à des règles différentes. Vérifiez la composition de votre solde et les règles de votre province ou territoire.
Une marge de crédit étudiante offerte par une banque est également différente d’un prêt étudiant gouvernemental. Elle peut continuer à accumuler des intérêts pendant les études et après l’obtention du diplôme. L’Agence de la consommation en matière financière du Canada explique ces différences dans son guide sur les marges de crédit pour étudiants.
Rembourser son hypothèque ou investir?
Cette décision mérite une analyse distincte, car une hypothèque combine un solde important, un actif immobilier et des modalités contractuelles précises.
Un remboursement anticipé réduit les intérêts futurs et augmente la valeur nette de votre propriété. Il peut aussi réduire votre risque financier avant la retraite.
Investir peut offrir un rendement supérieur à long terme, mais ce rendement n’est pas garanti. L’argent investi demeure généralement plus accessible que l’argent utilisé pour rembourser une hypothèque, bien que la valeur d’un placement puisse baisser au moment où vous en avez besoin.
Avant d’effectuer un paiement supplémentaire, vérifiez :
- votre taux hypothécaire;
- la durée restante de votre terme;
- vos privilèges de remboursement anticipé;
- les pénalités possibles;
- votre fonds d’urgence;
- votre horizon de placement;
- votre tolérance aux fluctuations du marché.
Une hypothèque ouverte permet généralement des remboursements supplémentaires sans pénalité. Une hypothèque fermée impose souvent des limites. Le gouvernement du Canada présente les droits, pénalités et privilèges liés au remboursement anticipé d’une hypothèque.
Le type de compte de placement influence la décision
Le rendement brut d’un placement n’est qu’une partie du calcul. Le traitement fiscal du compte peut modifier le résultat.
CELI
Les cotisations au CELI ne sont pas déductibles du revenu imposable. En revanche, les revenus et les retraits admissibles sont généralement libres d’impôt.
Lorsqu’une somme est retirée, les droits de cotisation correspondants reviennent au début de l’année civile suivante. Il faut donc éviter de cotiser de nouveau trop rapidement si vous n’avez pas assez de droits inutilisés.
REER
Une cotisation au REER peut réduire votre revenu imposable, selon votre situation. Les retraits sont généralement imposables et les droits utilisés ne sont habituellement pas récupérés après un retrait.
L’avantage fiscal d’une cotisation peut rendre l’investissement plus intéressant, surtout si votre taux d’imposition actuel est supérieur à celui que vous prévoyez au moment du retrait.
Toutefois, un remboursement d’impôt n’est pas un rendement gratuit. Il reflète le report de l’impôt. Si vous recevez un remboursement grâce à votre cotisation, vous pouvez améliorer le résultat en l’épargnant, en l’investissant ou en l’utilisant pour réduire une dette.
CELIAPP
Pour une personne admissible qui épargne en vue de l’achat d’une première propriété, le CELIAPP combine généralement une déduction pour les cotisations avec des retraits admissibles non imposables.
Cet avantage peut influencer l’ordre de vos priorités, particulièrement lorsque l’achat d’une habitation approche.
N’oubliez pas la liquidité
Un dollar utilisé pour rembourser une dette ne reste pas nécessairement accessible.
Si vous remboursez une carte de crédit, vous pouvez peut-être emprunter de nouveau, mais le prêteur peut réduire votre limite ou fermer le compte. Si vous effectuez un remboursement hypothécaire anticipé, récupérer cet argent peut nécessiter un refinancement, une marge de crédit hypothécaire ou la vente de la propriété.
Un fonds d’urgence et des placements non immobilisés procurent davantage de souplesse. Cette liquidité a une valeur réelle, surtout lorsque votre revenu est irrégulier ou que de grandes dépenses approchent.
Avant d’envoyer tout votre argent disponible à un prêteur, assurez-vous de conserver une réserve suffisante.
Le meilleur choix doit aussi fonctionner sur le plan comportemental
Les mathématiques ne suffisent pas si vous ne respectez pas le plan.
Certaines personnes investissent tout en conservant une dette, puis vendent leurs placements après une baisse du marché. D’autres remboursent une dette, mais recommencent à emprunter parce qu’elles n’ont pas corrigé leurs habitudes de dépenses.
Choisissez une stratégie que vous pouvez maintenir lorsque les marchés baissent, que les taux changent ou qu’une dépense imprévue survient.
L’automatisation peut aider :
- automatisez les paiements minimums;
- programmez un versement supplémentaire sur la dette;
- automatisez vos cotisations de placement;
- augmentez progressivement les montants lorsque votre revenu augmente.
Une routine de paie simple peut transformer votre décision en système régulier.
Une approche équilibrée peut réduire les regrets
Vous n’êtes pas toujours obligé de choisir une seule option.
Supposons que vous disposiez de 500 $ supplémentaires par mois. Vous pourriez :
- verser 300 $ sur votre dette;
- investir 200 $;
- réévaluer la répartition lorsque le solde ou le taux change.
Cette méthode ne produit pas nécessairement le résultat mathématique optimal dans tous les scénarios. Elle permet toutefois d’améliorer votre bilan tout en développant l’habitude d’investir.
Elle peut également réduire le risque de regret. Si les marchés progressent, vous y participez. S’ils baissent, vous avez tout de même réduit une dette.
Trois exemples canadiens
Alicia : une dette de carte de crédit à 20,99 %
Alicia dispose d’une petite réserve d’urgence et son employeur n’offre aucune cotisation de retraite.
Comme sa carte de crédit porte un taux très élevé, elle décide de continuer à effectuer tous ses paiements minimums et de consacrer l’essentiel de son argent supplémentaire à cette dette.
L’économie d’intérêt est certaine et difficile à surpasser avec un placement raisonnable.
Marc : un prêt d’études fédéral sans intérêt
Marc possède un fonds d’urgence, effectue ses paiements exigés et détient seulement un prêt d’études canadien sans intérêt.
Il choisit d’investir une partie de son revenu dans son CELI tout en respectant le calendrier de remboursement du prêt.
Il vérifie d’abord que son solde ne comprend aucune portion provinciale portant intérêt.
Priya : une hypothèque à 5 %
Priya a un revenu stable, un fonds d’urgence adéquat et un horizon de placement à long terme. Elle souhaite réduire son hypothèque, mais ne veut pas interrompre ses placements.
Elle partage donc ses 500 $ mensuels disponibles : 250 $ vont à l’hypothèque et 250 $ à son portefeuille diversifié.
Cette approche correspond à sa tolérance au risque et lui permet de progresser vers les deux objectifs.
Une méthode de décision en huit étapes
Pour choisir entre rembourser vos dettes ou investir :
- Faites la liste de toutes vos dettes, de leurs taux et de leurs modalités.
- Remettez les comptes en retard à jour.
- Constituez une petite réserve d’urgence.
- Profitez des cotisations patronales auxquelles vous êtes admissible.
- Remboursez généralement les dettes à taux élevé en priorité.
- Comparez le coût effectif des autres dettes avec un rendement de placement prudent après frais et impôts.
- Tenez compte de votre horizon, de votre liquidité et de votre tolérance au risque.
- Automatisez votre décision et réévaluez-la lorsque votre situation change.
Vous pouvez reprendre cette analyse après une variation importante des taux, un changement d’emploi, une augmentation de salaire ou l’atteinte d’un objectif financier.
Questions fréquentes
Faut-il toujours rembourser ses dettes avant d’investir?
Non. Une dette à taux élevé devrait généralement être prioritaire, mais investir peut rester raisonnable en présence d’une cotisation patronale, d’une dette à faible taux ou d’un objectif à long terme. Plusieurs personnes choisissent également de faire les deux.
À partir de quel taux une dette devient-elle coûteuse?
Il n’existe pas de seuil universel. Plus le taux est élevé, plus le rendement nécessaire pour justifier l’investissement devient difficile à obtenir sans prendre de risque. Les modalités du prêt, les impôts, les frais et votre situation personnelle doivent aussi être considérés.
Devrais-je vider mon CELI pour rembourser une dette?
Pas automatiquement. Comparez les intérêts économisés avec les conséquences de la vente de vos placements, la perte temporaire de liquidité et votre capacité à utiliser de nouveau les droits de cotisation. Les droits associés à un retrait du CELI reviennent seulement l’année civile suivante.
Devrais-je arrêter mes cotisations de retraite pour rembourser mes dettes?
Cela peut être raisonnable avec une dette très coûteuse. Cependant, vérifiez d’abord si votre employeur offre une cotisation équivalente. Abandonner cette contribution peut représenter un coût important.
Devrais-je utiliser mon remboursement d’impôt pour rembourser une dette ou investir?
Les deux choix peuvent être valables. Une dette à taux élevé constitue souvent la priorité. Avec une dette peu coûteuse, vous pouvez investir le remboursement ou le répartir entre les deux objectifs.
Est-il préférable de rembourser une hypothèque ou d’acheter un CPG?
Comparez le taux hypothécaire avec le rendement du CPG après impôts. Considérez également la durée, les pénalités, les privilèges de remboursement anticipé et la liquidité. Le meilleur choix dépend du compte dans lequel se trouve le CPG et de vos modalités hypothécaires.
Que faire si mon revenu est instable?
Accordez davantage d’importance à la liquidité. Une réserve d’urgence plus importante et un plan de remboursement flexible peuvent être préférables à un remboursement anticipé qui immobilise tout votre argent.
Conclusion
Le choix entre rembourser ses dettes ou investir ne repose pas uniquement sur une comparaison de taux.
Commencez par remettre vos comptes à jour, constituer une réserve d’urgence et vérifier les cotisations offertes par votre employeur. Traitez ensuite les dettes à taux élevé en priorité.
Pour les dettes à taux modéré ou faible, comparez l’économie certaine avec un rendement de placement prudent. Tenez compte des impôts, du risque, de la liquidité et de votre comportement.
Lorsque les deux options semblent raisonnables, une approche équilibrée peut être la plus facile à maintenir.
Sources
- Rembourser vos dettes — Agence de la consommation en matière financière du Canada
- Élimination des intérêts sur les prêts d’études canadiens — Gouvernement du Canada
- Marges de crédit pour étudiants — Agence de la consommation en matière financière du Canada
- Remboursement anticipé d’une hypothèque : connaissez vos droits — Gouvernement du Canada
- Ligne 22100 : frais financiers et frais d’intérêt — Agence du revenu du Canada