Investir

Comment évaluer votre profil de risque d’investisseur

Choisir un portefeuille commence souvent par un questionnaire. Après quelques questions, vous recevez une étiquette comme prudent, équilibré ou audacieux.

Ce résultat peut être utile, mais il devrait amorcer votre réflexion plutôt que la conclure.

Votre profil de risque d’investisseur dépend de deux limites distinctes :

  • Votre tolérance au risque : le degré d’incertitude et de perte que vous êtes psychologiquement prêt à accepter.
  • Votre capacité à prendre des risques : la perte que votre situation financière peut absorber sans compromettre vos objectifs ou votre niveau de vie.

Vous devez également considérer votre horizon de placement, vos objectifs et le rendement dont votre plan semble avoir besoin. Ensemble, ces facteurs vous aident à choisir un portefeuille que vous pouvez vous permettre de conserver lorsque les marchés deviennent difficiles.

Que signifie réellement le risque en investissement?

Le risque est souvent présenté comme la volatilité, c’est-à-dire l’ampleur des hausses et des baisses d’un placement.

Cependant, la volatilité ne représente qu’une partie du risque.

Pour un investisseur, le risque peut également signifier :

  • Perdre de l’argent dont il aura bientôt besoin
  • Vendre pendant une baisse des marchés
  • Ne pas obtenir assez de croissance pour atteindre un objectif à long terme
  • Détenir des placements trop concentrés
  • Prendre des risques qu’il ne comprend pas
  • Dépendre de rendements incertains pour compenser un manque d’épargne

Le bon portefeuille n’élimine pas le risque. Il équilibre différents risques selon votre situation.

Un portefeuille très prudent peut subir moins de baisses à court terme, mais il peut exposer un investisseur à long terme à l’inflation ou à une croissance insuffisante. À l’inverse, un portefeuille fortement composé d’actions peut offrir un meilleur potentiel de croissance tout en entraînant des pertes que certaines personnes ne peuvent pas supporter financièrement ou psychologiquement.

Les trois questions derrière votre profil de risque

Une bonne évaluation sépare trois questions parfois regroupées dans un même résultat :

FacteurQuestion correspondante
Tolérance au risqueQuel degré d’incertitude et de perte suis-je prêt à accepter?
Capacité financièreQuelle perte ma situation financière peut-elle absorber?
Rendement requisDe quelle croissance mon objectif semble-t-il avoir besoin?

Les deux premiers facteurs limitent le niveau de risque que vous pouvez raisonnablement prendre. Le troisième indique si votre plan financier paraît réaliste.

Si votre objectif semble exiger plus de risque que vous êtes prêt ou capable d’en prendre, il faut généralement revoir le plan plutôt qu’ignorer vos limites.

1. Évaluez votre tolérance au risque

La tolérance au risque représente votre volonté psychologique d’accepter l’incertitude, les baisses des marchés et la possibilité de perdre de l’argent.

Un portefeuille adapté doit tenir compte à la fois de votre capacité financière et des risques comportementaux présentés dans La psychologie de l’investissement.

Imaginez que votre portefeuille subisse une baisse importante pendant une année difficile. Vous comprenez peut-être que les marchés ont historiquement fini par se redresser, mais comment réagiriez-vous réellement?

Est-ce que vous :

  • Continueriez à cotiser régulièrement?
  • Seriez inquiet sans modifier votre portefeuille?
  • Consulteriez votre compte plusieurs fois par jour?
  • Cesseriez d’investir?
  • Vendriez pour empêcher d’autres pertes?

Il n’existe pas de bonne réponse sur le plan moral. Une faible tolérance au risque ne fait pas de vous un mauvais investisseur. Une tolérance élevée ne signifie pas non plus que vous savez mieux investir.

L’objectif est de choisir un portefeuille qui ne vous pousse pas régulièrement vers des décisions que vous regretterez ensuite.

Transformez le pourcentage en dollars

Un pourcentage peut paraître abstrait. Convertissez plutôt une baisse éventuelle en dollars.

Valeur du portefeuilleBaisse de 10 %Baisse de 20 %Baisse de 30 %
25 000 $2 500 $5 000 $7 500 $
100 000 $10 000 $20 000 $30 000 $
500 000 $50 000 $100 000 $150 000 $

Demandez-vous ensuite :

  • Pourrais-je voir cette perte sans abandonner mon plan?
  • Affecterait-elle mon sommeil ou mes décisions quotidiennes?
  • Serais-je tenté de vendre après la baisse?
  • Ai-je déjà traversé une forte baisse avec une somme importante investie?

Votre réaction devant une perte hypothétique peut être différente lorsque votre propre argent est en jeu. C’est l’une des raisons pour lesquelles votre profil de risque doit être réévalué avec le temps.

2. Évaluez votre capacité à prendre des risques

Votre capacité à prendre des risques correspond à votre aptitude financière à supporter une perte.

Contrairement à votre tolérance, elle repose surtout sur votre situation concrète. Vous pouvez être parfaitement à l’aise avec le risque sans avoir les moyens financiers d’en prendre beaucoup.

Plusieurs facteurs influencent cette capacité.

Votre horizon de placement

Quand aurez-vous besoin de l’argent?

Une personne qui investit pour une retraite prévue dans plusieurs décennies peut généralement supporter davantage de volatilité à court terme qu’une personne qui accumule une mise de fonds dont elle aura besoin l’an prochain.

Un horizon éloigné ne garantit pas que toutes les pertes seront récupérées à une date précise. Il donne toutefois plus de temps pour traverser les périodes difficiles.

L’horizon appartient à l’objectif, et non au type de compte.

L’argent détenu dans un CELI peut servir à la retraite dans 30 ans, à l’achat d’une propriété dans trois ans ou à une urgence le mois prochain. Le compte est le même, mais le niveau de risque approprié peut être très différent.

Votre dépendance envers cet argent

Demandez-vous ce qui arriverait si le portefeuille baissait juste avant un retrait prévu.

Pourriez-vous :

  • Reporter le retrait?
  • Réduire le montant retiré?
  • Utiliser une autre source de revenus?
  • Puiser dans des liquidités ou des placements plus stables?
  • Continuer à travailler ou à épargner?

Moins vous avez de solutions de rechange, plus votre capacité à subir une perte peut être faible.

Votre fonds d’urgence et vos flux de trésorerie

Un fonds d’urgence adéquat peut vous éviter de devoir vendre des placements pour payer une dépense imprévue.

La stabilité de votre emploi, votre revenu, vos dépenses obligatoires et vos autres économies ont aussi leur importance. Une personne dont le revenu est instable, qui a des dettes importantes et peu de liquidités pourrait avoir une capacité plus faible qu’une autre ayant des objectifs semblables.

L’importance de votre objectif

Perdre une partie d’un fonds destiné à des vacances est désagréable. Perdre de l’argent nécessaire pour payer les prochaines études d’un enfant ou acheter bientôt une propriété peut avoir des conséquences beaucoup plus importantes.

Plus un objectif est essentiel et difficile à reporter, plus l’argent qui lui est destiné doit être protégé contre les pertes.

Votre situation financière globale

L’évaluation ne devrait pas porter sur un seul compte. Vos dettes, vos économies, votre régime de retraite, votre emploi, vos responsabilités familiales et vos autres actifs peuvent tous influencer la perte que vous êtes capable d’absorber.

Les autorités canadiennes distinguent elles aussi la volonté d’accepter un risque de la capacité financière à subir une perte. Lorsque ces deux facteurs ne correspondent pas, le niveau de risque global devrait généralement respecter le plus faible des deux.

Autrement dit, être psychologiquement à l’aise avec le risque ne signifie pas que vous avez les moyens financiers de le prendre.

3. Estimez le rendement requis par votre objectif

Le troisième facteur est parfois appelé le besoin de risque ou le rendement requis. Il sert à estimer la croissance dont votre plan semble avoir besoin.

Supposons que vous vouliez accumuler un certain montant pour votre retraite. Le résultat dépendra notamment :

  • Du montant déjà épargné
  • De vos cotisations futures
  • Du temps restant
  • Du rendement obtenu
  • Des frais et de l’impôt
  • Du montant dont vous aurez éventuellement besoin

Une calculatrice financière peut vous aider à comparer plusieurs hypothèses. Cependant, le rendement requis ne vous autorise pas à ignorer vos limites.

Imaginez que votre plan ne fonctionne que si vos placements rapportent 10 % chaque année, alors que votre capacité à subir une perte est faible et que vous vendriez probablement lors d’une forte baisse. Choisir un portefeuille plus audacieux ne règle pas le problème. Cette décision ajoute de l’incertitude à un plan qui est déjà fragile.

Des ajustements plus fiables pourraient consister à :

  • Épargner davantage
  • Réduire le montant visé
  • Prolonger l’horizon
  • Prendre sa retraite plus tard
  • Réduire les dépenses prévues
  • Rembourser une dette coûteuse
  • Revoir les hypothèses du calcul

Le rendement requis sert à diagnostiquer votre plan. Il ne devrait pas l’emporter sur la perte que vous êtes disposé et financièrement capable de supporter.

Comment ces trois facteurs fonctionnent ensemble

Prenons l’exemple d’une personne qui épargne pour sa retraite :

  • Elle dispose encore de 25 ans.
  • Son revenu est stable.
  • Elle possède un fonds d’urgence et peu de dettes.
  • Elle n’utilise pas son portefeuille pour payer ses dépenses courantes.
  • Toutefois, une baisse de 30 % la rendrait extrêmement anxieuse et pourrait l’inciter à vendre.
  • Son taux d’épargne lui permet de poursuivre son objectif sans compter sur un rendement exceptionnel.

Son horizon et sa situation financière lui donnent une bonne capacité à prendre des risques. Son comportement indique toutefois une tolérance plus faible.

Son portefeuille devrait respecter cette contrainte. Un portefeuille théoriquement plus performant ne l’aidera pas si elle ne peut pas le conserver pendant ses baisses.

Prenons maintenant une personne qui aime prendre des risques et qui reste calme pendant les corrections boursières, mais qui aura besoin de l’argent pour acheter une propriété dans deux ans.

Sa tolérance est peut-être élevée. Sa capacité est néanmoins faible puisque la date du retrait approche et que l’objectif est difficile à reporter.

Encore une fois, le facteur le plus contraignant devrait guider la décision.

Pourquoi un questionnaire demeure utile

Un questionnaire bien conçu peut vous aider à examiner votre horizon, votre situation financière, vos connaissances, vos objectifs, votre capacité financière et votre réaction aux pertes.

Le problème ne vient pas du questionnaire lui-même. Il apparaît lorsqu’un résultat unique est considéré comme incontestable ou permanent.

L’Autorité des marchés financiers propose un outil pour déterminer votre profil d’investisseur. L’AMF précise que cet outil fournit une estimation et ne remplace pas l’évaluation de votre situation financière et personnelle.

Lorsque vous remplissez un questionnaire :

  1. Répondez selon votre réaction probable avec de l’argent réel.
  2. Évaluez séparément les objectifs qui ont des horizons différents.
  3. Repérez les contradictions entre vos réponses.
  4. Discutez d’un résultat difficile à interpréter avec un professionnel qualifié.
  5. Refaites l’évaluation après un changement important dans votre vie.

Un résultat qui vous surprend mérite d’être examiné. Il ne devrait pas être modifié jusqu’à ce qu’il produise le portefeuille que vous souhaitiez déjà choisir.

Ne choisissez pas une répartition à partir d’un seul résultat

Il n’existe aucune règle universelle qui transforme automatiquement le résultat d’un questionnaire en une proportion exacte d’actions et d’obligations.

Deux personnes ayant la même tolérance aux baisses peuvent avoir des situations très différentes :

  • Horizons de placement
  • Besoins de revenus
  • Obligations financières
  • Régimes de retraite
  • Fonds d’urgence
  • Objectifs
  • Expérience en investissement

La répartition de l’actif ne protège pas non plus contre toutes les pertes. Les actions, les obligations et les liquidités remplissent des rôles différents et comportent leurs propres risques.

Une fois votre niveau de risque déterminé, un portefeuille diversifié peut faciliter le maintien de votre répartition. Le guide Comment diversifier votre portefeuille d’investissement explique comment combiner différentes régions, catégories d’actifs et industries.

Les FNB tout-en-un canadiens offrent également des répartitions prédéterminées entre actions et obligations ainsi qu’un rééquilibrage automatique. Ils simplifient la mise en œuvre, mais vous devez tout de même choisir une répartition qui convient à votre situation. Consultez Les FNB tout-en-un au Canada pour comprendre leur fonctionnement.

Mettez votre décision par écrit avant une baisse

Après avoir choisi votre stratégie, écrivez les raisons qui la justifient.

Un plan simple peut indiquer :

  • L’objectif de l’argent
  • La date prévue du retrait
  • Le montant des cotisations
  • La répartition cible
  • La méthode de rééquilibrage
  • Les circonstances qui justifieraient une modification
  • Votre réponse prévue lors d’une forte baisse

Ce plan n’a pas besoin d’être compliqué. Il sert à préserver le raisonnement que vous avez fait lorsque vous étiez calme.

Une décision écrite devient particulièrement utile lorsque la peur ou l’enthousiasme vous donne soudainement envie de changer de stratégie.

Quand faut-il réévaluer votre profil de risque?

Votre profil de risque peut évoluer. Les nouvelles quotidiennes sur les marchés ne constituent toutefois pas une raison suffisante pour le recalculer.

Réévaluez-le lorsqu’un élément important change, par exemple :

  • Votre objectif ou la date du retrait
  • Votre revenu ou la stabilité de votre emploi
  • Votre situation familiale
  • Votre santé
  • Vos dettes
  • Votre fonds d’urgence
  • Votre dépendance envers les retraits du portefeuille
  • Votre réaction pendant une véritable baisse des marchés

Une révision périodique, par exemple annuelle, peut également confirmer que vos hypothèses demeurent raisonnables.

Modifier votre portefeuille parce que votre vie a changé est différent de le modifier simplement parce que les marchés sont devenus inconfortables.

Une liste pratique pour évaluer votre risque

Avant de choisir ou de modifier un portefeuille, posez-vous les questions suivantes.

Tolérance au risque

  • Comment réagirais-je à une perte importante exprimée en dollars?
  • Ai-je déjà traversé une baisse avec une somme importante investie?
  • Pourrais-je maintenir ma stratégie sans la modifier constamment?

Capacité financière

  • Quand aurai-je besoin de cet argent?
  • Pourrais-je reporter ou réduire le retrait?
  • Mon fonds d’urgence est-il suffisant?
  • Mon revenu est-il stable?
  • Une perte compromettrait-elle un objectif essentiel ou mon niveau de vie?

Objectif financier

  • Combien est-ce que j’épargne?
  • Mon objectif est-il réaliste?
  • Quelles hypothèses mon plan utilise-t-il?
  • Dépend-il de rendements exceptionnellement élevés?
  • Pourrais-je l’améliorer en modifiant mes cotisations, mon échéancier ou mes dépenses?

Si vos réponses se contredisent, construisez votre stratégie selon le plus faible de votre tolérance et de votre capacité financière. Ajustez ensuite votre objectif au besoin.

À retenir

Votre profil de risque d’investisseur ne se résume pas à une étiquette produite par un questionnaire.

Il reflète l’incertitude que vous êtes prêt à accepter, la perte que vos finances peuvent absorber et le réalisme de vos objectifs. Votre portefeuille doit respecter vos limites psychologiques et financières.

Le meilleur plan n’est généralement pas celui qui promet le rendement théorique le plus élevé. C’est celui qui vous donne une trajectoire raisonnable vers vos objectifs tout en vous permettant de rester investi lorsque les marchés deviennent difficiles.


Articles connexes

Sources et ressources

Cet article est fourni à des fins éducatives seulement et ne constitue pas un conseil financier ou une recommandation de placement. Tout placement comporte des risques, y compris la possibilité de perdre une partie du capital. Au besoin, consultez un professionnel qualifié au sujet de votre situation.