Dépenser plus que prévu est rarement une simple erreur de calcul.
Nous pouvons connaître notre budget, comprendre les conséquences d’un achat et vouloir épargner davantage, puis dépenser quand même. Ce comportement ne signifie pas nécessairement que nous manquons de discipline. Nos décisions financières sont influencées par nos émotions, notre environnement et la façon dont notre cerveau évalue les récompenses immédiates.
Comprendre pourquoi nous dépensons trop permet de remplacer la culpabilité par quelque chose de plus utile : un système qui facilite de meilleures décisions.
Dépenser trop n’est pas toujours le véritable problème
Avant de parler de psychologie, il faut distinguer deux situations.
Dans la première, le revenu suffit normalement à couvrir les dépenses essentielles, mais des achats fréquents ou impulsifs empêchent d’épargner ou créent des dettes.
Dans la seconde, le logement, l’épicerie, le transport et les autres besoins essentiels absorbent déjà presque tout le revenu. Le problème ne vient alors pas nécessairement des habitudes de consommation. Il peut simplement exister un écart entre le coût de la vie et les ressources disponibles.
Les stratégies présentées dans cet article peuvent aider à mieux contrôler les dépenses discrétionnaires. Elles ne peuvent toutefois pas compenser, à elles seules, un revenu insuffisant ou des dépenses essentielles trop élevées.
1. Nous accordons plus de valeur au présent qu’à l’avenir
Un achat offre une récompense immédiate. En revanche, les avantages liés à l’épargne paraissent souvent lointains et abstraits.
Vous obtenez immédiatement le repas, le vêtement ou le nouvel appareil. L’argent que vous placez dans un fonds d’urgence ou un REER ne produira peut-être aucun changement visible aujourd’hui.
Cette préférence pour les récompenses immédiates est parfois appelée biais du présent.
Les travaux de l’économiste David Laibson sur les décisions intertemporelles permettent de mieux comprendre pourquoi les récompenses immédiates peuvent l’emporter sur nos objectifs futurs. Elle peut nous amener à choisir une petite satisfaction maintenant, même lorsque nous préférerions sincèrement conserver cet argent pour un objectif futur.
Cela ne signifie pas que nous sommes incapables de planifier. Cela signifie simplement que le présent exerce une influence disproportionnée sur nos décisions.
2. Les paiements faciles rendent les dépenses moins visibles
Payer comptant crée un moment très clair : vous remettez physiquement votre argent.
Les cartes de crédit, les paiements sans contact, les portefeuilles numériques et les achats enregistrés en un clic réduisent cette sensation de perte. Cette commodité peut être utile, mais elle sépare aussi davantage l’achat de son coût réel.
Les travaux du chercheur Dilip Soman sur les mécanismes de paiement ont notamment montré que la manière de payer peut influencer notre mémoire des dépenses et nos comportements d’achat.
Le problème n’est pas que les cartes de crédit sont nécessairement mauvaises. Elles peuvent offrir de la protection, de la simplicité et des récompenses. Toutefois, plus un paiement devient invisible, plus il peut être difficile de suivre mentalement le montant déjà dépensé.
3. Nous utilisons parfois les achats pour modifier notre humeur
Une dépense peut offrir du réconfort, de l’enthousiasme ou un sentiment de contrôle.
Après une journée stressante, commander un repas ou acheter quelque chose en ligne peut créer une pause agréable. Lorsque nous nous ennuyons, magasiner peut aussi devenir une forme de divertissement. Après un effort difficile, un achat peut sembler être une récompense méritée.
Le soulagement est réel, mais souvent temporaire.
Si cette réaction se répète, le cerveau peut apprendre une association simple :
Stress, ennui ou frustration → achat → soulagement à court terme.
Le but n’est pas d’éliminer toutes les dépenses agréables. Il consiste plutôt à reconnaître les moments où un achat sert principalement à gérer une émotion.
4. La comparaison sociale modifie notre perception de la normalité
Nous évaluons rarement notre niveau de vie dans l’isolement. Nous le comparons à celui de nos amis, de nos collègues et des personnes que nous suivons en ligne.
Or, nous voyons généralement leurs voyages, leurs rénovations et leurs nouvelles voitures. Nous ne voyons pas toujours leur dette, leur revenu, l’aide financière de leur famille ou les compromis qu’ils ont faits.
À force d’exposition, des dépenses autrefois exceptionnelles peuvent commencer à sembler normales.
Une étude publiée dans le Journal of Business Research établit notamment un lien entre la comparaison sociale sur les réseaux sociaux et certains comportements de consommation. Ce mécanisme peut également contribuer à l’inflation du style de vie : lorsque le revenu augmente, les dépenses augmentent presque automatiquement avec lui.
Votre situation financière peut alors s’améliorer sur papier sans que vous vous sentiez plus libre.
5. Nous plaçons mentalement notre argent dans différentes catégories
Nous ne traitons pas toujours chaque dollar de la même façon.
Un remboursement d’impôt, une prime ou un cadeau en argent peut sembler plus facile à dépenser qu’une paie régulière, même si tous ces dollars ont la même valeur une fois déposés dans le compte bancaire.
Nous pouvons aussi nous permettre un achat parce qu’il provient d’une catégorie mentale appelée « argent supplémentaire », « vacances » ou « récompense ».
Ces catégories peuvent être utiles pour organiser un budget. Elles deviennent problématiques lorsqu’elles nous empêchent d’évaluer le coût réel d’une décision.
La même chose peut se produire le jour de la paie. Le solde du compte augmente soudainement et crée une impression d’abondance, même si une partie de cet argent est déjà destinée au loyer, aux factures ou à l’épargne.
Une routine de paie simple peut réduire ce problème en attribuant chaque montant avant que les dépenses discrétionnaires commencent.
6. Le stress financier peut raccourcir notre horizon
Lorsque l’argent manque, il devient naturellement difficile de penser à long terme.
Une facture urgente, une carte de crédit presque à sa limite ou une réparation imprévue attire toute l’attention. Cette concentration sur le problème immédiat peut laisser moins d’énergie mentale pour comparer les options, planifier ou résister à d’autres dépenses.
Une étude publiée dans Science sur les effets cognitifs de la pauvreté a observé que les préoccupations financières peuvent mobiliser une partie des ressources mentales disponibles.
Cela ne signifie pas que les personnes sous pression financière prennent de mauvaises décisions par nature. Cela montre plutôt que la rareté et le stress compliquent les décisions.
Dans cette situation, simplifier les finances peut être plus efficace que de créer un système parfait comportant des dizaines de règles.
7. Notre environnement est conçu pour encourager l’achat
Les entreprises réduisent volontairement les obstacles entre l’envie et la transaction :
- cartes déjà enregistrées;
- livraison gratuite à partir d’un certain montant;
- offres à durée limitée;
- notifications promotionnelles;
- renouvellements automatiques;
- recommandations personnalisées;
- options « achetez maintenant, payez plus tard ».
Chaque élément semble mineur. Ensemble, ils facilitent énormément la dépense.
Compter uniquement sur la volonté revient donc à prendre toutes ses décisions dans un environnement qui encourage constamment l’achat. Une stratégie plus solide consiste à modifier cet environnement.
Comment reprendre le contrôle de ses dépenses
Vous n’avez pas besoin d’éliminer toutes les dépenses discrétionnaires. Vous avez besoin de règles simples qui protègent ce qui compte le plus pour vous.
1. Observez les circonstances, pas seulement les montants
Pendant une semaine, notez chaque dépense non essentielle avec trois renseignements :
- ce que vous avez acheté;
- ce que vous ressentiez avant l’achat;
- ce qui a déclenché la décision.
Vous remarquerez peut-être que vos dépenses augmentent après une journée stressante, lorsque vous utilisez les réseaux sociaux ou lorsque votre compte vient de recevoir une paie.
Cette information est souvent plus utile qu’une liste de transactions seule.
2. Créez un délai avant les achats non essentiels
La règle des 24 heures consiste à attendre une journée avant de faire un achat non essentiel. Pour une dépense plus importante, vous pouvez prolonger ce délai à 48 heures ou à une semaine.
L’objectif n’est pas de vous interdire l’achat. Le délai permet simplement à l’émotion initiale de diminuer.
Ajoutez l’article à une liste plutôt qu’au panier. Si vous le voulez toujours après le délai et que la dépense respecte votre plan, vous pourrez l’acheter avec davantage de confiance.
L’Agence de la consommation en matière financière du Canada recommande également un délai de réflexion pour réduire les achats impulsifs dans ses conseils visant à limiter les dettes futures.
3. Rendez les dépenses légèrement moins faciles
Quelques secondes de friction peuvent suffire à interrompre une décision automatique.
Vous pouvez notamment :
- supprimer les cartes enregistrées dans les boutiques en ligne;
- désactiver les achats en un clic;
- vous désabonner des courriels promotionnels;
- retirer les applications de magasinage de votre téléphone;
- désactiver certaines notifications;
- laisser un article dans le panier avant de payer.
Ces mesures ne vous empêchent pas d’acheter. Elles vous donnent simplement le temps de choisir.
4. Automatisez vos priorités après chaque paie
Si vous attendez la fin du mois pour épargner ce qui reste, il risque de ne rien rester.
Programmez plutôt un virement automatique vers votre fonds d’urgence, votre CELI, votre REER ou un compte destiné à un objectif précis. Le montant n’a pas besoin d’être élevé au départ.
L’automatisation transforme une bonne intention future en une décision déjà prise.
5. Prévoyez de l’argent que vous pouvez dépenser sans culpabilité
Un budget trop restrictif peut fonctionner pendant quelques semaines, puis provoquer un retour aux anciennes habitudes.
Prévoyez une somme réaliste pour les sorties, les loisirs ou les achats personnels. Une fois les besoins essentiels et les objectifs importants couverts, vous pouvez utiliser cet argent sans devoir justifier chaque dépense.
Le but d’un budget n’est pas de supprimer tout plaisir. Il est de décider à l’avance quelle place vous souhaitez lui accorder.
Pour commencer, consultez ce guide sur la création d’un budget adapté à votre réalité.
6. Fixez vos limites avant d’être tenté
Il est plus facile de prendre une décision calme avant d’entrer dans un magasin, d’ouvrir une application ou de partir en voyage.
Déterminez à l’avance :
- le montant maximal que vous souhaitez dépenser;
- les catégories autorisées;
- les achats que vous ne ferez pas;
- le compte ou le moyen de paiement que vous utiliserez.
Une règle décidée à l’avance réduit le nombre de décisions à prendre dans le moment.
7. Réduisez les déclencheurs de comparaison
Vous ne contrôlez pas toutes les publicités que vous voyez, mais vous pouvez choisir une partie de votre environnement numérique.
Désabonnez-vous des comptes qui provoquent régulièrement un sentiment d’insuffisance ou une envie d’acheter. Suivez plutôt des personnes dont le mode de vie correspond mieux à vos valeurs réelles.
Avant un achat influencé par quelqu’un d’autre, demandez-vous :
Est-ce que je voudrais encore ceci si personne ne pouvait le voir?
La réponse ne dicte pas automatiquement la décision, mais elle aide à distinguer une préférence personnelle d’un désir de reconnaissance.
8. Cherchez le besoin derrière l’achat
Lorsqu’une envie apparaît, essayez de nommer ce que vous recherchez réellement.
Est-ce du repos? Du réconfort? De la nouveauté? Une récompense? Un sentiment d’appartenance?
Vous pouvez ensuite chercher une autre façon de répondre au même besoin : appeler un ami, marcher, cuisiner quelque chose que vous aimez, quitter temporairement l’écran ou planifier une activité.
Il ne s’agit pas de prétendre que toutes les solutions gratuites remplacent un achat. Il s’agit d’élargir vos options avant de dépenser.
Une expérience simple de sept jours
Pendant les sept prochains jours :
- Notez toutes vos dépenses non essentielles.
- Ajoutez l’émotion ou la situation qui a précédé chaque achat.
- Appliquez un délai de 24 heures aux achats imprévus.
- Supprimez une source régulière de tentation.
- Automatisez un petit montant vers un objectif important.
À la fin de la semaine, cherchez les tendances plutôt que les erreurs.
Quel moment de la journée est le plus difficile? Quelle émotion revient souvent? Quel commerce ou quelle application déclenche le plus de dépenses? Quel changement a été le plus facile à respecter?
Vous n’avez pas besoin de tout corriger immédiatement. Choisissez le déclencheur le plus fréquent et construisez une seule règle autour de celui-ci.
Un budget peut aider, sans devoir être parfait
Un budget ne résout pas chaque aspect psychologique des dépenses. Il peut toutefois rendre vos priorités visibles et créer des limites avant que les émotions prennent le dessus.
Les recherches de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada associent l’établissement régulier d’un budget à une plus grande confiance financière, à davantage d’épargne et à moins de stress lié au crédit. Elles montrent également qu’un budget occasionnel peut offrir des avantages.
Ces résultats ne prouvent pas que le budget cause à lui seul ces améliorations. Ils suggèrent néanmoins qu’un système simple peut aider, même s’il n’est pas suivi parfaitement.
L’important consiste à choisir une méthode que vous pouvez réellement utiliser. Vous pouvez commencer avec le Planificateur budgétaire de l’ACFC ou adapter une structure comme la règle 50/30/20 à votre situation.
Questions fréquentes
Pourquoi est-ce que je dépense trop même si j’ai un budget?
Un budget indique ce que vous souhaitez faire avec votre argent. Il ne supprime pas automatiquement le stress, les habitudes, la comparaison sociale ou l’attrait d’une récompense immédiate.
Si vous dépassez souvent une catégorie, cherchez le déclencheur et vérifiez si la limite est réaliste. Le problème peut venir du système plutôt que d’un manque de volonté.
Comment arrêter les achats impulsifs?
Commencez par créer un délai entre l’envie et le paiement. Supprimez les cartes enregistrées, attendez 24 heures et conservez l’article dans une liste.
Ensuite, observez les situations qui précèdent généralement vos achats. Une stratégie adaptée à votre déclencheur sera plus efficace qu’une interdiction générale.
Dois-je arrêter toutes les dépenses non essentielles?
Non. Les loisirs et les petits plaisirs peuvent faire partie d’un plan financier sain.
L’objectif est de dépenser intentionnellement sans compromettre vos besoins essentiels, votre dette ou les objectifs qui comptent davantage pour vous.
L’utilisation d’une carte de crédit pousse-t-elle à dépenser davantage?
Elle peut rendre le coût d’un achat moins visible, surtout lorsque le paiement est rapide et différé. L’effet varie toutefois d’une personne à l’autre.
Si votre carte vous amène régulièrement à dépasser votre plan ou à conserver un solde, un moyen de paiement plus immédiat pourrait vous aider.
Que faire si mes dépenses essentielles dépassent mon revenu?
Les astuces contre les achats impulsifs ne suffiront probablement pas.
Commencez par examiner les dépenses les plus importantes, les programmes d’aide auxquels vous pourriez avoir droit, les options liées à votre dette et les possibilités d’augmenter votre revenu. Si la situation devient difficile à gérer, un conseiller en crédit reconnu peut également vous aider à évaluer vos options.
Ce qu’il faut retenir
Dépenser trop ne signifie pas nécessairement que vous êtes irresponsable.
Les récompenses immédiates, les paiements faciles, les émotions, la comparaison sociale et le stress financier influencent tous nos décisions. La volonté seule doit donc affronter beaucoup de forces en même temps.
Une meilleure approche consiste à concevoir un environnement qui vous aide :
- rendez les achats impulsifs moins faciles;
- automatisez ce qui compte;
- prévoyez des dépenses agréables;
- observez vos déclencheurs;
- adoptez quelques règles simples que vous pouvez maintenir.
Votre rapport à l’argent ne change pas en une seule journée. Cependant, chaque décision rendue plus consciente peut progressivement renforcer vos habitudes et votre sentiment de contrôle.
Cet article présente de l’information générale et ne constitue pas un conseil financier personnalisé.