L’intérêt composé est souvent présenté comme une sorte de magie financière. Pourtant, son fonctionnement est assez simple : votre argent produit des intérêts ou des rendements, puis ces gains peuvent à leur tour produire de nouveaux gains.
Au début, la progression peut sembler lente. Avec le temps, cependant, la croissance s’accélère parce qu’elle s’applique à une somme de plus en plus importante.
L’intérêt composé ne garantit pas que vous deviendrez riche. Il ne remplace pas non plus un bon taux d’épargne, un portefeuille adapté ou une gestion raisonnable des risques. Il explique toutefois pourquoi le temps, la constance, les frais et les impôts peuvent avoir autant d’importance dans un plan financier.
À retenir
L’intérêt composé permet à votre argent de produire des gains, puis à ces gains d’en produire à leur tour. Plus cette mécanique dispose de temps pour agir, plus son effet potentiel devient important.
Qu’est-ce que l’intérêt composé?
Avec l’intérêt simple, les intérêts sont calculés uniquement sur le montant initial.
Avec l’intérêt composé, ils sont calculés sur le montant initial et sur les intérêts déjà accumulés.
Prenons un placement de 1 000 $ qui rapporte 5 % par année pendant 10 ans.
Avec un intérêt simple
Vous gagnez 50 $ par année, soit 5 % de 1 000 $.
Après 10 ans, vous avez :
1 000 $ + 500 $ = 1 500 $
Avec un intérêt composé annuellement
Après la première année, vous avez 1 050 $. L’année suivante, le rendement de 5 % s’applique à cette nouvelle somme plutôt qu’aux seuls 1 000 $ du départ.
Après 10 ans, vous avez environ :
1 628,89 $
La différence demeure modeste dans cet exemple, mais elle devient beaucoup plus importante avec des cotisations régulières, une somme initiale plus élevée ou une période plus longue.
Comment calculer l’intérêt composé
La formule de base est la suivante :
A = P(1 + r ÷ n)ⁿᵗ
Dans cette formule :
- A représente la valeur future;
- P représente le montant initial;
- r représente le taux d’intérêt annuel;
- n représente le nombre de périodes de capitalisation par année;
- t représente le nombre d’années.
Vous n’avez pas besoin de mémoriser cette formule. La plupart des calculatrices financières peuvent faire le calcul pour vous. Elle permet néanmoins de comprendre les quatre facteurs qui influencent le résultat :
- le montant de départ;
- le taux obtenu;
- la fréquence de capitalisation;
- le temps.
La fréquence de capitalisation fait-elle une différence?
Les intérêts peuvent être calculés annuellement, mensuellement ou quotidiennement. Une capitalisation plus fréquente augmente légèrement le résultat, puisque les intérêts commencent plus tôt à produire leurs propres intérêts.
Voici ce que devient une somme de 10 000 $ placée pendant 10 ans à un taux annuel de 5 % :
| Fréquence de capitalisation | Valeur après 10 ans |
|---|---|
| Annuelle | 16 288,95 $ |
| Mensuelle | 16 470,09 $ |
| Quotidienne | 16 486,65 $ |
La fréquence compte, mais elle a généralement moins d’effet que le taux, les frais, les cotisations et la durée du placement.
L’Agence de la consommation en matière financière du Canada recommande donc de comparer le taux d’intérêt, la méthode de calcul et les conditions du compte lorsque vous choisissez un produit d’épargne.
Intérêt et rendement ne veulent pas toujours dire la même chose
Dans un compte d’épargne ou un certificat de placement garanti, le rendement provient principalement d’un taux d’intérêt annoncé. Lorsque le produit est détenu jusqu’à son échéance et respecte ses conditions, son résultat est généralement prévisible.
Un placement en actions ou dans un FNB fonctionne différemment. Son rendement total peut comprendre :
- l’augmentation ou la diminution de sa valeur;
- les dividendes;
- les distributions;
- les intérêts reçus par le fonds;
- les frais;
- les impôts applicables.
Les rendements boursiers ne sont pas fixes. Une année positive peut être suivie d’une année négative.
Par exemple, si un placement de 1 000 $ gagne 10 %, sa valeur passe à 1 100 $. S’il perd ensuite 10 %, il ne revient pas à 1 000 $ :
1 100 $ × 90 % = 990 $
Une perte de 10 % exige donc un gain de plus de 10 % pour être récupérée. Cette asymétrie est une raison de choisir un niveau de risque que vous pouvez réellement tolérer.
Pour les placements, il est souvent plus précis de parler de capitalisation des rendements. La logique demeure semblable, mais les résultats sont irréguliers et jamais garantis.
Pourquoi le temps compte autant
Le temps permet aux gains accumulés de produire de nouveaux gains. Les premières années peuvent sembler peu impressionnantes, mais une grande partie de la croissance apparaît souvent plus tard.
Imaginons que vous investissez 200 $ par mois et obtenez un rendement annuel moyen de 6 %, avant frais et impôt.
| Durée | Cotisations versées | Valeur approximative |
|---|---|---|
| 10 ans | 24 000 $ | 32 800 $ |
| 20 ans | 48 000 $ | 92 400 $ |
| 30 ans | 72 000 $ | 201 000 $ |
| 40 ans | 96 000 $ | 398 000 $ |
Après 40 ans, vous avez personnellement versé 96 000 $. Le reste provient de la croissance hypothétique du placement.
Ces chiffres ne sont pas une prévision. Un portefeuille réel connaîtra des hausses, des baisses, des frais et possiblement des impôts. L’exemple illustre simplement l’effet potentiel d’une longue période de capitalisation.
Commencer plus tôt peut réduire l’effort nécessaire
Commencer tôt ne signifie pas que vous devez investir une somme importante immédiatement. Cela signifie surtout que chaque cotisation dispose de plus de temps pour croître.
L’Agence de la consommation en matière financière du Canada présente un exemple parlant. Pour atteindre un objectif de 100 000 $ avec un taux composé de 5 % :
- une personne qui dispose de 20 ans doit épargner environ 243 $ par mois;
- une personne qui attend 10 ans doit ensuite épargner environ 643 $ par mois.
Les deux personnes visent le même montant, mais celle qui commence plus tôt demande beaucoup moins à son budget chaque mois. Vous pouvez consulter l’exemple complet sur le site du gouvernement du Canada.
Si vous avez commencé plus tard, il ne sert à rien de regretter les années passées. Le meilleur point de départ disponible demeure aujourd’hui. Vous pouvez compenser une partie du temps perdu en augmentant progressivement vos cotisations, en réduisant certains frais ou en repoussant un objectif lorsque c’est réaliste.
Les cotisations régulières peuvent compter plus que le montant initial
Il est facile de croire qu’il faut déjà posséder beaucoup d’argent pour profiter de la capitalisation. Pourtant, les cotisations régulières jouent souvent un rôle plus important que la somme de départ.
Supposons que vous investissez 500 $ par mois pendant 30 ans avec un rendement annuel moyen de 6 %, avant frais et impôt.
À la fin de la période :
- vos cotisations totalisent 180 000 $;
- la valeur approximative du portefeuille atteint 502 000 $;
- environ 322 000 $ proviennent de la croissance hypothétique.
L’automatisation peut faciliter cette constance. Un transfert programmé après chaque paie évite de devoir prendre une nouvelle décision chaque mois.
La fréquence exacte de vos achats importe généralement moins que votre capacité à suivre le plan pendant plusieurs années.
La règle de 72
La règle de 72 offre une façon rapide d’estimer le nombre d’années nécessaires pour doubler une somme.
Il suffit de diviser 72 par le taux de rendement annuel estimé.
| Rendement annuel estimé | Temps approximatif pour doubler |
|---|---|
| 3 % | 24 ans |
| 4 % | 18 ans |
| 6 % | 12 ans |
| 8 % | 9 ans |
Par exemple :
72 ÷ 6 = 12
À un taux composé constant de 6 %, une somme pourrait donc doubler en environ 12 ans.
Cette règle donne seulement une estimation. Elle ne tient pas compte des fluctuations, des frais, des impôts ni des changements de rendement.
Les frais réduisent aussi la capitalisation
La capitalisation fonctionne autant sur les montants que vous conservez que sur ceux que vous perdez en frais.
Prenons encore une cotisation de 500 $ par mois pendant 30 ans :
| Rendement annuel net hypothétique | Valeur approximative |
|---|---|
| 6 % | 502 000 $ |
| 5 % | 416 000 $ |
Un écart d’un point de pourcentage produit ici une différence d’environ 86 000 $.
Cet écart pourrait provenir des frais, d’une stratégie différente ou de rendements plus faibles. L’exemple ne signifie pas que le produit le moins cher est automatiquement le meilleur. Il montre plutôt pourquoi il faut comprendre les frais totaux et ce que vous recevez en échange.
Les conseils, la planification et l’accompagnement peuvent avoir une valeur réelle. Cette valeur doit toutefois être claire et proportionnelle au prix payé.
Les impôts influencent le résultat
Le rendement affiché d’un placement ne correspond pas toujours à ce que vous conservez. Le type de compte utilisé peut changer le montant disponible après impôt.
CELI
Les cotisations ne sont pas déductibles du revenu imposable. En revanche, les revenus et les gains réalisés dans le compte sont généralement libres d’impôt, tout comme les retraits.
REER
Les cotisations admissibles peuvent réduire votre revenu imposable. Les placements croissent à l’abri de l’impôt tant qu’ils demeurent dans le compte, mais les retraits sont généralement imposables.
CELIAPP
Les cotisations admissibles sont généralement déductibles, tandis que les retraits admissibles pour l’achat d’une première propriété sont libres d’impôt.
Compte non enregistré
Les intérêts, dividendes et gains en capital peuvent être imposés différemment. Le résultat dépend du type de revenu, de votre situation et des règles fiscales en vigueur.
Le meilleur compte dépend donc de votre objectif, de votre revenu actuel, de votre horizon et de l’utilisation prévue de l’argent. Notre comparatif CELI ou REER présente les principales différences entre ces deux comptes.
L’inflation réduit le pouvoir d’achat
Un solde plus élevé ne garantit pas que vous pourrez acheter beaucoup plus de choses. Il faut aussi tenir compte de l’inflation.
Avec une inflation moyenne de 2 %, un achat qui coûte 100 $ aujourd’hui coûterait environ :
- 122 $ dans 10 ans;
- 149 $ dans 20 ans;
- 181 $ dans 30 ans.
Votre argent doit donc croître assez rapidement pour préserver son pouvoir d’achat.
C’est aussi la raison pour laquelle garder toute son épargne à long terme dans un compte qui rapporte moins que l’inflation peut présenter un risque. La valeur nominale demeure stable, mais ce qu’elle permet d’acheter diminue.
La feuille de calcul de placements de la Banque du Canada permet de comparer la croissance d’un placement avec les effets de l’inflation.
Pour les objectifs à court terme, comme un fonds d’urgence ou une mise de fonds prévue bientôt, la stabilité peut néanmoins être plus importante que le rendement maximal. Le choix dépend de la date à laquelle vous aurez besoin de l’argent.
La capitalisation peut aussi travailler contre vous
La même mécanique qui fait croître une épargne peut faire augmenter une dette.
Si les intérêts d’une carte de crédit ne sont pas remboursés, ils s’ajoutent au solde. De nouveaux intérêts peuvent ensuite être calculés sur une dette plus élevée.
À un taux de 20 %, une dette peut croître rapidement lorsque les paiements couvrent à peine les intérêts.
C’est pourquoi rembourser une dette à taux élevé offre souvent un avantage plus certain que rechercher un rendement de placement incertain. Notre guide Rembourser ses dettes ou investir? peut vous aider à comparer les deux priorités.
Les dividendes produisent-ils de l’intérêt composé?
Un dividende n’est pas un intérêt. Il représente une partie du rendement total d’une action ou d’un fonds.
Lorsqu’un dividende ou une distribution est réinvesti, il permet d’acheter d’autres parts. Ces nouvelles parts peuvent ensuite produire leurs propres dividendes et participer à la croissance future.
Cependant, un dividende ne constitue pas un rendement gratuit. Lorsque le fonds effectue une distribution, sa valeur diminue généralement d’un montant correspondant, toutes choses étant égales par ailleurs.
Il vaut donc mieux regarder le rendement total, qui comprend la variation du prix et les distributions, plutôt que le seul taux de dividende.
Comment profiter de l’intérêt composé
Vous n’avez pas besoin d’une stratégie complexe. Quelques décisions simples peuvent avoir beaucoup d’effet.
1. Commencez avec ce que vous pouvez
Une petite cotisation régulière vaut mieux qu’un plan parfait constamment repoussé. Vous pourrez augmenter le montant lorsque votre revenu ou votre situation changera.
2. Automatisez vos cotisations
Programmez un transfert après chaque paie. Cette approche réduit le nombre de décisions à prendre et transforme l’épargne en habitude.
3. Choisissez le bon niveau de risque
Un rendement potentiel plus élevé vient généralement avec plus d’incertitude. Votre portefeuille doit correspondre à votre horizon, à votre objectif et à votre capacité à supporter une baisse.
4. Gardez les frais sous contrôle
Comparez les frais du fonds, les frais de gestion, les commissions, les coûts de conversion de devises et les honoraires de conseil.
5. Utilisez les comptes appropriés
Un CELI, un REER ou un CELIAPP peut améliorer le résultat après impôt lorsque le compte correspond à votre objectif.
6. Réinvestissez lorsque cela convient à votre plan
Le réinvestissement des intérêts et des distributions permet à une plus grande partie de votre argent de continuer à croître.
7. Évitez les retraits inutiles
Un retrait ne réduit pas seulement votre solde actuel. Il retire aussi la croissance future que cette somme aurait pu produire.
8. Restez constant pendant les périodes difficiles
Les marchés baissent parfois. Modifier constamment votre stratégie selon les manchettes peut interrompre le processus de capitalisation et transformer une baisse temporaire en perte permanente.
Erreurs fréquentes
Croire qu’un rendement hypothétique est garanti
Un taux utilisé dans un exemple sert à illustrer un calcul. Les rendements réels d’un portefeuille varient d’une année à l’autre.
Sous-estimer les frais
Une différence annuelle qui semble minime peut devenir importante lorsqu’elle se répète pendant plusieurs décennies.
Attendre le moment parfait
Il est impossible de connaître à l’avance le meilleur moment pour investir. Pour une personne qui dispose d’un horizon suffisamment long, une stratégie régulière est souvent plus réaliste que la recherche du point d’entrée idéal.
Prendre plus de risques uniquement pour obtenir un meilleur résultat théorique
Une projection plus élevée n’aide pas si la volatilité vous pousse à vendre au mauvais moment.
Confondre rendement nominal et rendement réel
Le rendement nominal indique la croissance en dollars. Le rendement réel tient compte de l’inflation et reflète mieux l’évolution de votre pouvoir d’achat.
Négliger les dettes coûteuses
Investir tout en conservant une dette à taux élevé peut nuire à votre progression. Le taux payé sur la dette peut dépasser le rendement espéré du placement.
Questions fréquentes
Quel taux devrais-je utiliser dans mes projections?
Il est préférable d’utiliser plusieurs scénarios plutôt qu’un seul chiffre : prudent, intermédiaire et optimiste. Les résultats doivent aussi tenir compte des frais et, lorsque cela est pertinent, de l’inflation et de l’impôt.
L’intérêt composé fonctionne-t-il dans un CELI?
Oui. Les intérêts, dividendes et gains peuvent être réinvestis dans un CELI. La croissance et les retraits sont généralement libres d’impôt, pourvu que les règles du compte soient respectées.
Faut-il une grosse somme pour commencer?
Non. Des cotisations modestes et régulières peuvent devenir importantes avec suffisamment de temps. Votre taux d’épargne et votre constance comptent souvent davantage que le montant initial.
Dois-je investir si j’ai des dettes?
Cela dépend surtout du taux de la dette, des avantages offerts par votre employeur, de votre fonds d’urgence et de votre tolérance au risque. Une dette à taux élevé mérite généralement une attention prioritaire.
L’intérêt composé peut-il garantir ma retraite?
Non. Une retraite dépend aussi de vos cotisations, de vos dépenses, de vos rendements réels, de l’inflation, des impôts et de la durée pendant laquelle vous devrez retirer de l’argent.
Conclusion
L’intérêt composé n’est pas un raccourci. Il récompense surtout le temps, la constance et la capacité à éviter les erreurs coûteuses.
Vous n’avez pas besoin de trouver le placement parfait. Vous devez plutôt :
- épargner régulièrement;
- choisir un niveau de risque adapté;
- contrôler les frais;
- utiliser les bons comptes;
- laisser votre plan fonctionner suffisamment longtemps.
Au début, vos propres cotisations feront la plus grande partie du travail. Plus tard, les gains accumulés pourront prendre une place de plus en plus importante.
Commencez avec un montant réaliste, automatisez-le et augmentez-le progressivement. La progression semblera peut-être lente au départ, mais c’est précisément ainsi que la capitalisation commence.
Sources et ressources
- Comptes d’épargne et calcul des intérêts — Agence de la consommation en matière financière du Canada
- Planifier et épargner pour la retraite — Agence de la consommation en matière financière du Canada
- Feuille de calcul de placements — Banque du Canada
- Qu’est-ce qu’un CELI? — Agence du revenu du Canada
Avertissement
Cet article présente des renseignements généraux à des fins éducatives. Il ne constitue pas un conseil financier, fiscal ou juridique, ni une recommandation d’acheter ou de vendre un placement. Les exemples reposent sur des hypothèses simplifiées et ne représentent pas des rendements garantis. Chaque situation est différente; faites vos propres recherches et consultez un professionnel qualifié lorsque cela est nécessaire.