Petite note avant de commencer : cet article présente des notions générales sur les comportements financiers et le bien-être. Il ne constitue pas un conseil financier, fiscal, psychologique ou personnalisé.
Bien gérer son argent n’est pas seulement une question de connaître les bonnes formules.
Vous pouvez savoir comment fonctionne un budget tout en évitant de consulter votre compte bancaire. Vous pouvez comprendre que les marchés baissent parfois et paniquer lorsque vos placements perdent de la valeur. Vous pouvez gagner un bon revenu et continuer à ressentir que vous n’en avez jamais assez.
Les connaissances sont importantes, mais elles ne fonctionnent jamais seules. Nos expériences, nos émotions, nos habitudes et notre situation financière influencent également nos décisions.
L’ensemble de ces éléments forme ce que nous pouvons appeler notre rapport à l’argent.
Ce rapport influence bien plus que notre compte bancaire. Il peut façonner les objectifs que nous poursuivons, les risques que nous prenons, les conversations que nous évitons et le niveau de sécurité dont nous croyons avoir besoin avant de pouvoir nous détendre.
Qu’est-ce que le rapport à l’argent?
Votre rapport à l’argent regroupe les croyances, les attentes et les réactions émotionnelles qui influencent vos décisions financières.
Il peut avoir une incidence sur votre façon de :
- Dépenser et épargner
- Utiliser le crédit
- Négocier votre revenu
- Réagir à l’incertitude financière
- Investir pendant les périodes de volatilité
- Parler d’argent avec vos proches
- Mesurer votre réussite
- Définir ce qui est suffisant pour vous
Certaines de ces croyances sont conscientes. D’autres agissent discrètement en arrière-plan.
Une personne peut croire que toutes les dettes sont honteuses, que l’investissement est réservé aux gens riches ou qu’un revenu plus élevé réglera automatiquement toutes ses insatisfactions.
Ces croyances ne sont pas nécessairement des faits. Elles peuvent néanmoins orienter des décisions bien réelles.
Il ne suffit pas de penser positivement
Développer un rapport plus sain à l’argent ne consiste pas à répéter que les possibilités sont infinies ou à croire que l’optimisme fera disparaître les problèmes financiers.
Le revenu, le coût du logement, la santé, les responsabilités familiales et l’accès aux produits financiers influencent ce qu’une personne peut réellement accomplir.
Les recherches de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada présentent le bien-être financier comme le résultat de plusieurs facteurs liés entre eux :
- Les comportements financiers
- Les facteurs sociaux
- Les facteurs psychologiques
- Les facteurs économiques
- Les connaissances et l’expérience financières
Le rapport à l’argent constitue une partie de cet ensemble. Il peut vous aider à mieux utiliser les options dont vous disposez, mais il ne peut pas créer des options qui n’existent pas.
Cette distinction est importante, car les conseils financiers peuvent facilement devenir moralisateurs. Une personne confrontée à un loyer élevé, à un faible revenu ou à des dépenses médicales imprévues n’a pas simplement besoin d’une attitude plus positive.
Une approche utile commence par un regard honnête sur nos comportements et sur notre réalité.
D’où viennent nos croyances sur l’argent?
La plupart d’entre nous commencent à apprendre au sujet de l’argent bien avant d’ouvrir un compte bancaire.
Pendant votre enfance, vous avez peut-être observé si les adultes autour de vous :
- Parlaient ouvertement d’argent ou en faisaient un sujet secret
- Épargnaient prudemment ou dépensaient impulsivement
- Se disputaient au sujet des factures
- Considéraient les gens fortunés avec admiration ou méfiance
- Utilisaient le crédit pendant les périodes difficiles
- Associaient l’argent à la sécurité, à la liberté, à la générosité ou au statut social
Nos expériences ultérieures ajoutent d’autres couches.
Une perte d’emploi peut vous rendre extrêmement prudent. Un placement rentable peut vous donner trop confiance. Avoir grandi avec très peu d’argent peut vous inciter à tout épargner ou, au contraire, à dépenser rapidement dès que de l’argent devient disponible.
La leçon apprise a peut-être été utile dans votre ancien environnement. Elle ne correspond pas nécessairement à votre situation actuelle.
Comprendre vos « scénarios financiers »
Les chercheurs Brad Klontz et Sonya Britt utilisent l’expression money scripts, que nous pouvons traduire par scénarios financiers, pour décrire les croyances profondes liées à l’argent.
Leurs recherches ont identifié quatre grandes tendances : l’évitement de l’argent, l’adoration de l’argent, l’argent comme statut social et la vigilance financière.
Ces catégories ne sont pas des diagnostics. Une personne peut aussi se reconnaître dans plusieurs tendances. Elles servent surtout à examiner les histoires qui se cachent derrière nos décisions.
L’évitement de l’argent
L’évitement repose sur l’idée que l’argent est mauvais, inconfortable ou moralement suspect.
Cela peut se manifester par le fait de :
- Éviter de consulter ses relevés
- Ressentir de la culpabilité à l’idée de gagner ou de posséder de l’argent
- Reporter les décisions financières
- Donner de l’argent que l’on ne peut pas réellement se permettre de donner
- Croire que les personnes financièrement prospères sont nécessairement cupides
Éviter le problème peut réduire temporairement l’inconfort. Toutefois, les factures et les décisions ignorées deviennent généralement plus difficiles avec le temps.
L’adoration de l’argent
Cette tendance repose sur la croyance qu’une plus grande quantité d’argent réglera la plupart des problèmes ou finira par créer le bonheur.
Elle peut nous amener à :
- Repousser constamment le montant que nous jugeons nécessaire
- Donner la priorité au revenu au détriment de notre santé ou de nos relations
- Dépenser pour obtenir un soulagement temporaire
- Rechercher des placements promettant des rendements anormalement élevés
- Croire que le prochain achat ou la prochaine promotion nous apportera enfin la sécurité
Un revenu plus élevé peut améliorer de nombreux aspects de la vie, particulièrement lorsque les besoins essentiels sont difficiles à couvrir. Cependant, il ne peut pas satisfaire des objectifs qui n’ont jamais été clairement définis.
L’argent comme symbole de statut
Cette tendance associe la réussite financière à la valeur personnelle.
Une personne influencée par cette croyance peut :
- Comparer son mode de vie à celui de ses amis ou collègues
- Dépenser de manière visible pour paraître prospère
- Ressentir de la honte parce qu’elle gagne moins que son entourage
- Cacher ses difficultés financières
- Considérer ses possessions comme une preuve de réussite
Le problème n’est pas d’aimer les belles choses. Il apparaît lorsque les dépenses servent à protéger une image que nos finances ne peuvent pas confortablement soutenir.
La vigilance financière
La vigilance met l’accent sur l’épargne, la prudence et la confidentialité.
Elle peut favoriser des comportements utiles, comme la planification et la limitation des dettes inutiles. Poussée trop loin, elle peut aussi entraîner :
- Une anxiété persistante malgré une épargne suffisante
- De la difficulté à dépenser pour des expériences significatives
- Un secret excessif entourant les finances
- De la culpabilité chaque fois que de l’argent quitte le compte
- La conviction qu’aucun montant ne sera jamais suffisant
Même un comportement apparemment responsable peut devenir malsain lorsqu’il est entièrement motivé par la peur.
Vous pouvez consulter la recherche originale sur les croyances et comportements liés à l’argent. L’étude est publiée en anglais dans le Journal of Financial Therapy.
Comment les émotions influencent nos décisions
Les décisions financières ne sont presque jamais entièrement rationnelles.
Ces réactions émotionnelles influencent également les décisions de placement, particulièrement lorsque les marchés deviennent incertains. La psychologie de l’investissement examine plus précisément cet aspect de l’investissement.
L’aversion aux pertes
L’aversion aux pertes décrit notre tendance générale à réagir plus fortement à une perte qu’à un gain comparable.
Chez un investisseur, elle peut provoquer une vente pendant une baisse simplement pour faire cesser l’inconfort. Elle peut aussi inciter quelqu’un à conserver trop longtemps un placement perdant parce que le vendre rendrait la perte définitive.
Cela ne signifie pas que chaque personne ressent une perte de la même façon. Il s’agit d’une tendance générale mise en évidence dans les recherches sur la prise de décision.
Les travaux de Daniel Kahneman sur la prise de décision et l’aversion aux pertes ont contribué à établir les fondements de l’économie comportementale.
La préférence pour le présent
Un avantage disponible aujourd’hui semble souvent plus important qu’un avantage plus grand, mais très éloigné dans le temps.
Dépenser 100 $ maintenant peut ainsi sembler plus satisfaisant que déposer ce montant dans un compte de retraite dont nous ne profiterons que plusieurs décennies plus tard.
Le plaisir actuel est visible et immédiat. L’avantage futur demeure abstrait.
La comparaison sociale
Nous évaluons rarement notre situation financière de manière isolée. Nous nous comparons à nos collègues, à nos amis, à notre famille et aux personnes que nous observons en ligne.
Nous pouvons voir la maison, le véhicule ou le voyage d’une personne sans connaître ses dettes, son épargne, l’aide reçue de sa famille ou le stress qu’elle ressent.
Comparer l’ensemble de votre vie financière aux dépenses visibles d’une autre personne peut créer une norme coûteuse qui n’a jamais été réaliste.
Pourquoi un système fonctionne souvent mieux que la volonté
Les conseils financiers demandent fréquemment aux gens de devenir plus disciplinés.
La discipline peut être utile, mais compter sur elle pour chaque décision crée de nombreuses occasions de changer d’idée.
Un système réduit le nombre de décisions nécessaires.
Par exemple :
- Transférer automatiquement une somme vers l’épargne après chaque paie
- Programmer des paiements récurrents sur une dette
- Automatiser les cotisations à un CELI ou à un REER
- Imposer un délai avant un achat non essentiel
- Prévoir un montant fixe pour les dépenses sans culpabilité
- Examiner ses finances à une date planifiée plutôt qu’uniquement pendant une crise
L’ACFC a constaté que l’épargne active était fortement associée à une meilleure résilience et à un meilleur bien-être financier. Le montant épargné demeure important, mais la régularité du comportement peut également aider une personne à se sentir davantage en contrôle.
L’automatisation n’élimine pas les décisions. Elle permet de prendre une décision importante une seule fois et de l’appliquer ensuite de manière constante.
Un budget est un outil, pas une punition
L’ancienne version de cet article opposait le budget aux dépenses conscientes. Cette opposition n’est pas nécessaire.
Un budget est simplement un plan pour l’utilisation de l’argent disponible. Il n’a pas besoin d’éliminer tout ce qui est agréable.
Une récente étude de l’ACFC sur les habitudes budgétaires a constaté que même l’établissement occasionnel d’un budget était associé à des avantages financiers significatifs. L’étude reconnaît également que certaines personnes gèrent bien leurs finances sans budget formel.
La bonne question n’est donc pas de savoir si tout le monde doit établir son budget de la même façon. Il faut plutôt déterminer si votre méthode actuelle vous aide à :
- Respecter vos engagements
- Préparer les dépenses irrégulières
- Progresser vers vos objectifs
- Dépenser pour ce que vous appréciez
- Remarquer les problèmes suffisamment tôt
Si une feuille de calcul détaillée vous pousse à éviter le processus, utilisez des catégories plus larges. Si les catégories générales ne vous donnent pas assez de contrôle, choisissez une structure plus précise.
Notre guide Budget 101 : comment créer un budget efficace pour les Canadiens peut vous aider à trouver une méthode pratique.
Comment modifier une croyance financière nuisible
Remplacer une phrase négative par une phrase positive ne suffit généralement pas. Il faut relier la nouvelle croyance à un comportement différent.
1. Repérez le déclencheur
Remarquez les situations qui provoquent une réaction forte.
Il peut s’agir de :
- Ouvrir un relevé de carte de crédit
- Voir les marchés baisser
- Parler d’argent avec votre partenaire
- Recevoir une prime
- Observer une personne faire un achat important
- Penser à la retraite
Notez ce qui s’est passé, ce que vous avez ressenti et ce que vous avez immédiatement voulu faire.
2. Identifiez la croyance derrière la réaction
Demandez-vous ce que la situation semble signifier.
Par exemple :
- « Si je regarde mon solde, je vais seulement me sentir plus mal. »
- « Si je n’achète pas cela maintenant, je prends du retard. »
- « Si les marchés baissent, cela signifie que j’ai échoué. »
- « Dépenser pour moi est irresponsable. »
- « Je commencerai à épargner lorsque je gagnerai davantage. »
Une croyance écrite est plus facile à examiner qu’une impression vague.
3. Séparez le fait de votre interprétation
Supposons que votre compte de placement ait perdu 10 %.
La baisse constitue un fait. La conviction que vous devez vendre immédiatement constitue une interprétation.
De la même façon, un solde élevé sur une carte de crédit est un fait. Croire qu’il prouve que vous êtes incapable de gérer votre argent constitue un jugement.
Retirer le jugement permet de mieux voir la prochaine décision pratique.
4. Choisissez un comportement qui remet la croyance en question
Une petite action fournit une meilleure preuve qu’un slogan motivant.
Vous pourriez :
- Examiner un seul compte plutôt que toute votre situation financière
- Automatiser un petit transfert hebdomadaire
- Augmenter légèrement un paiement de dette
- Attendre 24 heures avant un achat imprévu
- Écrire une règle d’investissement avant la prochaine baisse
- Discuter d’un objectif financier avec votre partenaire
L’action devrait être assez petite pour être répétée.
5. Définissez ce que signifie « assez » pour vous
Sans définition, tous les objectifs financiers peuvent continuer de s’éloigner.
Avoir assez peut signifier :
- Atteindre une cible précise pour votre fonds d’urgence
- Maintenir une cotisation de retraite réaliste
- Habiter dans un logement adapté à vos besoins
- Pouvoir réduire vos heures de travail
- Dépenser pour les expériences qui comptent
- Aider votre famille sans compromettre vos propres finances
Votre définition peut évoluer. Elle devrait toutefois provenir de vos priorités plutôt que de la comparaison sociale.
6. Adaptez votre environnement au comportement recherché
Facilitez les actions désirées et rendez les décisions impulsives légèrement plus difficiles.
Par exemple :
- Programmez votre épargne le lendemain de la paie
- Retirez vos informations de paiement des sites de magasinage
- Conservez votre fonds d’urgence dans un compte distinct
- Désactivez les notifications inutiles de votre plateforme de placement
- Ajoutez une révision financière mensuelle à votre calendrier
Un environnement mieux conçu réduit le nombre de fois où vous devez résister à une tentation.
À quoi ressemble un rapport plus sain à l’argent?
Un rapport sain ne signifie pas se sentir toujours confiant.
Il peut plutôt consister à :
- Examiner vos finances même lorsque les chiffres sont inconfortables
- Dépenser intentionnellement sans ressentir de culpabilité à chaque achat
- Épargner régulièrement sans rechercher la perfection
- Accepter que des pertes de placement sont possibles
- Demander de l’aide avant qu’un problème devienne une crise
- Modifier votre plan lorsque votre situation change
- Séparer votre valeur personnelle de votre revenu ou de votre avoir net
L’objectif n’est pas d’éliminer toutes les émotions liées à l’argent. Il est d’empêcher ces émotions de prendre toutes les décisions à votre place.
Lorsque le changement de mentalité ne suffit pas
Certains problèmes financiers exigent davantage qu’un changement d’habitudes.
Si vous ne pouvez pas payer vos dépenses essentielles, si vous devez utiliser le crédit pour vous nourrir ou vous loger, ou si vos dettes vous dépassent, la priorité peut être d’obtenir un soutien pratique.
Selon votre situation, vous pourriez :
- Vérifier les prestations gouvernementales auxquelles vous avez droit
- Parler à un conseiller en crédit sans but lucratif reconnu
- Communiquer avec vos créanciers avant de manquer un paiement
- Obtenir des conseils financiers ou fiscaux qualifiés
- Chercher du soutien psychologique lorsque le stress financier affecte votre santé
Les difficultés financières ne constituent pas une preuve d’échec personnel. Les recherches canadiennes montrent que le bien-être financier dépend à la fois des comportements, des facteurs psychologiques et de la situation économique.
À retenir
Votre rapport à l’argent n’est pas un simple choix entre la rareté et l’abondance. Il rassemble les croyances, les émotions et les habitudes qui influencent votre réaction à votre situation financière.
Vous pouvez commencer à le modifier en :
- Reconnaissant les croyances derrière vos réactions
- Séparant les faits des jugements personnels
- Définissant ce qui est suffisant pour vous
- Choisissant un comportement facile à répéter
- Automatisant les décisions utiles
- Bâtissant un système financier adapté à votre vie réelle
Vous n’avez pas besoin d’avoir une mentalité parfaite avant d’améliorer vos finances. Une petite action financière peut commencer à transformer à la fois votre situation et l’histoire que vous vous racontez au sujet de l’argent.
Pour transformer ces idées en plan concret, poursuivez avec Investir pour les débutants au Canada : un guide pas à pas.
Cet article est publié à des fins éducatives et informatives seulement. Il ne constitue pas un conseil financier, fiscal, juridique, psychologique ou de placement. Les situations individuelles varient et un accompagnement professionnel peut être approprié lorsque les difficultés financières ou psychologiques sont importantes.