Planification de la retraite

Comment créer un plan de retraite adapté à votre mode de vie

Un plan de retraite devrait répondre à une question concrète : comment financerez-vous la vie que vous souhaitez lorsque votre revenu d’emploi diminuera ou prendra fin?

Cette question est plus utile que la recherche d’un objectif d’épargne universel. Une personne qui souhaite voyager souvent, aider sa famille et conserver une résidence secondaire aura besoin d’un plan différent de celui d’une personne qui prévoit travailler à temps partiel et vivre simplement. La date de votre retraite, votre logement, votre santé, vos rentes et l’impôt comptent autant que la valeur de votre portefeuille.

Voici une démarche étape par étape pour bâtir un plan de retraite adapté à votre vie.

1. Décrivez la retraite que vous souhaitez

Commencez par imaginer votre vie avant de penser aux chiffres. Représentez-vous une semaine ordinaire à la retraite, pas seulement vos vacances.

Posez-vous les questions suivantes :

  • Quand aimeriez-vous cesser de travailler à temps plein?
  • Prendrez-vous votre retraite d’un seul coup ou réduirez-vous progressivement vos heures?
  • Où habiterez-vous? Aurez-vous encore une hypothèque ou un loyer à payer?
  • À quelle fréquence voyagerez-vous?
  • Quels loisirs, engagements familiaux ou dons entraîneront des dépenses?
  • Aurez-vous à soutenir financièrement vos enfants, vos parents ou d’autres proches?
  • Pourrez-vous demeurer chez vous si votre mobilité ou votre état de santé change?

Vous n’avez pas besoin de réponses parfaites. L’objectif est de transformer une idée générale en un premier scénario que vous pourrez chiffrer et ajuster.

Il est aussi utile de distinguer les dépenses essentielles des dépenses flexibles. Le logement, l’alimentation, les services publics et le transport de base sont plus difficiles à réduire. Les voyages, les cadeaux et certains loisirs peuvent plus facilement être ajustés après une mauvaise année boursière.

2. Estimez vos dépenses de retraite en dollars d’aujourd’hui

Selon une règle générale souvent citée, il faudrait prévoir de 70 % à 80 % de son revenu avant la retraite. Ce repère peut servir de point de départ, mais votre revenu n’est pas votre niveau de dépenses. Il vaut mieux établir votre estimation à partir de vos dépenses réelles.

Passez en revue vos dépenses des 12 derniers mois et classez-les en trois groupes :

  1. Les dépenses qui devraient diminuer : déplacements liés au travail, retenues sur la paie, vêtements professionnels, cotisations d’épargne-retraite et, peut-être, versements hypothécaires.
  2. Les dépenses qui devraient rester semblables : épicerie, services publics, impôts fonciers, assurances et transport courant.
  3. Les dépenses qui pourraient augmenter : voyages, loisirs, entretien de la maison, soins de santé et aide à domicile.

N’oubliez pas les dépenses irrégulières, comme le remplacement d’un véhicule, des rénovations ou l’aide financière accordée à des proches. En les convertissant en moyenne annuelle, vous obtiendrez un plan plus réaliste.

Faites votre première estimation en dollars d’aujourd’hui afin qu’elle soit facile à comprendre. Utilisez ensuite une calculatrice de retraite qui tient compte de l’inflation. L’inflation fait augmenter les prix futurs et réduit le pouvoir d’achat de votre épargne. Le RPC, le RRQ et la SV sont indexés, mais les régimes de retraite d’employeur ne sont pas tous pleinement protégés contre l’inflation.

Si l’établissement d’un budget vous pose problème, la règle 50/30/20 peut servir de cadre, à condition de l’adapter à vos coûts réels.

3. Dressez la liste des revenus que vous pourriez déjà recevoir

Votre épargne personnelle n’a pas à financer chaque dollar de vos dépenses à la retraite. Faites l’inventaire de vos sources de revenu prévues :

  • le Régime de pensions du Canada (RPC) ou le Régime de rentes du Québec (RRQ);
  • la pension de la Sécurité de la vieillesse (SV) et, pour les personnes à faible revenu, le Supplément de revenu garanti (SRG);
  • un régime de retraite d’employeur à prestations déterminées ou à cotisations déterminées;
  • les REER, les régimes immobilisés et les futurs retraits d’un FERR;
  • les CELI et les placements non enregistrés;
  • les revenus de location, d’entreprise ou d’un emploi à temps partiel;
  • les rentes viagères et les autres revenus stables.

Consultez votre état de compte du cotisant au RPC ou votre relevé de participation au RRQ plutôt que de présumer que vous recevrez la rente maximale. Demandez aussi à l’administrateur de votre régime d’employeur des estimations fondées sur plusieurs dates de retraite.

L’âge auquel vous commencez à recevoir une rente publique peut modifier considérablement son montant mensuel :

  • Vous pouvez commencer à recevoir le RPC entre 60 et 70 ans. Avant 65 ans, la rente diminue de 0,6 % par mois d’anticipation. Après 65 ans, elle augmente de 0,7 % par mois de report, jusqu’à 70 ans.
  • Vous pouvez commencer à recevoir le RRQ entre 60 et 72 ans. Une demande avant 65 ans entraîne une réduction permanente. Après 65 ans, la rente augmente de 0,7 % par mois de report, jusqu’à 72 ans.
  • Vous pouvez commencer à recevoir la SV à 65 ans ou la reporter jusqu’à 70 ans. Son montant augmente de 0,6 % par mois de report, jusqu’à une hausse maximale de 36 % à 70 ans.

Reporter une rente n’est pas automatiquement le meilleur choix. Votre santé, votre espérance de vie, vos autres revenus, l’impôt et vos besoins financiers immédiats comptent tous. Le report de la SV retarde aussi l’accès au SRG et à l’Allocation, et ces prestations n’augmentent pas pendant la période de report.

La Calculatrice du revenu de retraite canadienne permet de réunir des estimations du RPC ou du RRQ, de la SV, des régimes d’employeur et de l’épargne personnelle. Les conjoints devraient chacun faire leur propre calcul, puis examiner ensemble les résultats du ménage.

4. Calculez l’écart que votre épargne devra combler

Une fois vos dépenses annuelles et vos revenus stables estimés, calculez la différence :

Dépenses annuelles prévues − revenus annuels stables = montant que votre épargne devra fournir

Supposons que vous prévoyez dépenser 60 000 $ par année en dollars d’aujourd’hui et recevoir 32 000 $ du RPC ou du RRQ, de la SV et d’un régime d’employeur. Vos placements devraient initialement fournir environ 28 000 $ par année, avant de tenir compte des différences fiscales et des dépenses ponctuelles.

Ne transformez pas cet écart en objectif de portefeuille à l’aide d’un taux de retrait unique présenté comme garanti. Le montant requis dépend de la durée de votre retraite, de la composition de vos placements, des frais, de l’impôt, de l’inflation, du début de vos rentes et de votre capacité à ajuster vos dépenses. Comparez plusieurs scénarios dans une calculatrice de retraite :

  • prendre votre retraite à la date souhaitée;
  • travailler une ou deux années de plus;
  • épargner un peu plus chaque mois;
  • réduire certaines dépenses flexibles;
  • modifier la date de début du RPC, du RRQ ou de la SV.

Vous transformerez ainsi un objectif imposant et abstrait en décisions concrètes.

5. Choisissez un rythme d’épargne que vous pourrez maintenir

Votre plan devrait déterminer un montant d’épargne régulier, pas seulement une valeur de portefeuille lointaine.

Commencez par un montant compatible avec votre budget actuel. Automatisez une cotisation après chaque paie, puis augmentez-la lorsque votre revenu monte ou qu’un remboursement de dette prend fin. Si votre employeur verse une cotisation de contrepartie dans un régime de retraite ou d’épargne, vérifiez-en les règles et envisagez d’obtenir la pleine cotisation avant de diriger votre épargne supplémentaire ailleurs.

Si une dette à taux élevé absorbe votre marge de manœuvre, comparez son coût certain au rendement incertain d’un placement. L’ordre approprié dépend du taux d’intérêt, de la cotisation de l’employeur, de votre fonds d’urgence et de votre comportement. Notre guide sur le choix entre rembourser ses dettes ou investir explique ce compromis.

Un plan qui exige un taux d’épargne impossible vous donne une information utile. Vous pouvez modifier votre date de retraite, votre mode de vie prévu, votre projet de logement ou vos futurs revenus de travail au lieu de prendre un risque de placement excessif.

6. Utilisez les bons comptes pour vos objectifs

Le choix du compte et celui du placement qu’il contient sont deux décisions distinctes. Un REER ou un CELI est une structure fiscale qui peut contenir des liquidités, des CPG, des obligations, des fonds et d’autres placements admissibles.

REER

Les cotisations à un REER peuvent réduire votre revenu imposable, tandis que les retraits sont généralement imposables. Le REER peut être particulièrement avantageux lorsque vous demandez la déduction à un taux d’imposition relativement élevé. Le meilleur choix dépend toutefois de votre revenu actuel et de celui que vous prévoyez recevoir plus tard.

Au plus tard à la fin de l’année de vos 71 ans, vous devez retirer les fonds de votre REER, les transférer dans un FERR ou les utiliser pour acheter une rente. Les versements d’un FERR sont imposables. Cette future facture fiscale doit faire partie de votre plan de retraite.

CELI

Les cotisations au CELI ne sont pas déductibles, mais la croissance des placements et les retraits sont généralement libres d’impôt. Les retraits d’un CELI n’ont pas d’incidence sur les prestations et crédits fédéraux fondés sur le revenu, comme la SV et le SRG. Le montant retiré s’ajoute de nouveau à vos droits de cotisation le 1er janvier de l’année civile suivante, et non immédiatement.

Régimes d’employeur et comptes non enregistrés

Les régimes de retraite et d’épargne collectifs peuvent offrir des cotisations de l’employeur, des tarifs institutionnels ou des placements automatiques. Examinez leurs frais, leurs options de placement et leurs règles de transfert avant de décider où verser votre épargne supplémentaire.

Lorsque vos comptes enregistrés sont suffisamment financés, un compte non enregistré peut augmenter votre capacité d’épargne. Les intérêts, les dividendes et les gains en capital y reçoivent toutefois un traitement fiscal différent. La planification fiscale devient donc plus importante à mesure que votre actif augmente.

Pour approfondir le fonctionnement du CELI, consultez notre guide sur la façon d’utiliser un CELI pour bâtir votre richesse à l’abri de l’impôt.

7. Adaptez vos placements à votre plan

Votre portefeuille devrait tenir compte du moment où vous aurez besoin de l’argent, de la perte que vous pouvez financièrement absorber et de la volatilité que vous pouvez tolérer sans abandonner votre stratégie.

Être jeune ne signifie pas automatiquement qu’un portefeuille audacieux vous convient. Être près de la retraite ne signifie pas non plus que tout votre argent devrait être conservé en liquidités. Une personne qui prendra sa retraite l’an prochain pourrait encore investir pendant plusieurs décennies, mais l’argent nécessaire à court terme ne devrait pas dépendre d’une reprise boursière.

Un portefeuille simple, diversifié et peu coûteux peut répartir le risque entre plusieurs entreprises, secteurs, pays et catégories d’actif. Les actions offrent un potentiel de croissance à long terme plus élevé, accompagné de baisses plus marquées à court terme. Les obligations peuvent procurer un revenu et réduire la volatilité. Les liquidités protègent les dépenses à court terme, mais offrent un potentiel de croissance moindre. Notre guide sur les actions, les obligations et les liquidités explique leurs différents rôles.

Choisissez une répartition que vous pourrez conserver pendant les périodes difficiles. Si votre plan ne fonctionne qu’avec des rendements exagérément élevés, revoyez votre taux d’épargne, votre date de retraite ou votre objectif de dépenses. Prendre plus de risques ne rend pas votre objectif plus sûr.

8. Planifiez la transition vers la retraite

À la retraite, le rôle de votre portefeuille change. Vous passez de cotisations régulières à des retraits, souvent au moment où vous devez aussi choisir quand commencer à recevoir vos rentes.

Avant cette transition, réfléchissez aux questions suivantes :

  • De combien de liquidités facilement accessibles aurez-vous besoin pour les urgences et les dépenses à court terme?
  • Certaines dettes devraient-elles être remboursées avant la fin de votre revenu d’emploi?
  • Dans quel compte puiserez-vous en premier et quel sera l’effet fiscal des retraits?
  • Pourrez-vous réduire certaines dépenses après une baisse des marchés?
  • Comment votre conjoint survivant gérerait-il les finances et les revenus du ménage?
  • Avez-vous prévu les coûts liés au logement, à l’accessibilité, aux soins de santé et aux éventuels soins de longue durée?
  • Vos bénéficiaires, vos procurations ou mandats de protection et votre testament sont-ils à jour?

Il n’existe pas d’ordre de retrait universel. Pour certaines personnes, retirer une partie du REER plus tôt peut réduire une future facture fiscale, tandis que préserver le CELI peut offrir une souplesse non imposable plus tard. Pour d’autres, une stratégie différente sera préférable. Modélisez la situation de l’ensemble du ménage sur plusieurs années fiscales au lieu de chercher uniquement à réduire l’impôt d’une seule année.

9. Mettez votre plan à l’épreuve

Une projection est un modèle, pas une promesse. Vérifiez ce qui se passerait si :

  • l’inflation était plus forte ou les rendements plus faibles que prévu;
  • l’un des conjoints vivait beaucoup plus longtemps que l’autre;
  • votre retraite commençait pendant une baisse des marchés;
  • les coûts de santé ou de logement augmentaient;
  • le revenu d’un emploi à temps partiel ne se concrétisait pas;
  • vous viviez cinq ans de plus que dans votre scénario de base.

Décidez ensuite à l’avance des ajustements que vous pourriez faire. Vous pourriez réduire temporairement vos voyages, reporter l’achat d’un véhicule, travailler plus longtemps ou puiser dans une réserve de liquidités. La souplesse de vos dépenses est une forme de gestion du risque.

10. Révisez votre plan une fois par année

Un plan de retraite évolue avec votre vie. Révisez-le chaque année ainsi qu’après un changement important, comme un nouvel emploi, un mariage, une séparation, un héritage, une maladie ou un déménagement.

Mettez à jour :

  • votre date de retraite et vos objectifs de vie;
  • vos dépenses et vos dettes actuelles;
  • le solde de vos comptes et vos droits de cotisation;
  • vos estimations du RPC, du RRQ et de votre régime d’employeur;
  • vos cotisations d’épargne et la répartition de vos placements;
  • vos bénéficiaires et vos documents successoraux;
  • vos hypothèses concernant l’inflation, les rendements et la longévité.

Évitez de réagir à chaque manchette financière. Une révision prévue au calendrier vous aide à modifier votre plan lorsque votre vie change, tout en conservant une bonne stratégie à long terme pendant les fluctuations normales des marchés.

Un plan de retraite sur une page

La première version de votre plan peut tenir sur une seule page :

  • Date de retraite visée :
  • Mode de vie prévu à la retraite :
  • Dépenses annuelles en dollars d’aujourd’hui :
  • Revenus estimés du RPC ou du RRQ, de la SV et des régimes de retraite :
  • Écart annuel à financer par l’épargne :
  • Actif actuel destiné à la retraite :
  • Cotisation mensuelle ou annuelle :
  • Répartition cible des placements :
  • Trois risques à surveiller :
  • Date de la prochaine révision annuelle :

Les chiffres changeront. Le fait de les écrire vous donnera tout de même un point de départ et facilitera votre prochaine décision.

Quand demander l’aide d’un professionnel

Un planificateur financier qualifié peut être utile si vous approchez de la retraite, participez à un régime à prestations déterminées, possédez une entreprise, détenez des placements dans plusieurs types de comptes, prévoyez des enjeux fiscaux importants ou devez coordonner votre plan avec celui de votre conjoint.

Demandez comment le professionnel est rémunéré, quels services sont inclus et s’il détient les autorisations nécessaires pour recommander ou vendre des placements. Les questions fiscales et successorales peuvent aussi nécessiter l’aide d’un comptable ou d’un juriste.

Bâtissez un plan que vous pourrez continuer à utiliser

Un bon plan de retraite relie la vie que vous souhaitez à vos dépenses, vos rentes, votre épargne, vos placements et vos impôts. Il n’a pas besoin de prédire parfaitement l’avenir. Il doit vous montrer si vous êtes généralement sur la bonne voie, quelles hypothèses comptent le plus et ce que vous pouvez modifier.

Commencez par un scénario réaliste, automatisez votre prochaine cotisation et révisez votre plan chaque année. Un plan simple que vous mettez à jour vaut mieux qu’un tableur parfait que vous ne consultez jamais.

Cet article est fourni à des fins éducatives seulement et ne constitue pas un conseil financier, fiscal, juridique ou en matière de placement. Les décisions de retraite dépendent de la situation de chacun, et les règles peuvent changer. Envisagez de consulter des professionnels qualifiés avant de mettre en œuvre une stratégie de retraite, de placement, de fiscalité ou de planification successorale.