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Pourquoi rester investi vaut mieux que tenter d’anticiper le marché

Petite note avant de commencer : cet article présente des renseignements généraux et fondés sur les faits au sujet de l’investissement à long terme. Il ne constitue pas un conseil financier, fiscal ou personnalisé.

Les marchés semblent rarement parfaitement rassurants.

Lorsque les cours montent, nous pouvons craindre d’investir au sommet. Lorsqu’ils baissent, nous pouvons préférer attendre que la situation se stabilise. Dans les deux cas, reporter notre décision peut sembler prudent.

Le problème est que la situation ne devient souvent claire qu’après le mouvement des marchés.

C’est pourquoi rester investi vaut généralement mieux que tenter d’anticiper le marché. Un investisseur à long terme n’a pas besoin de prévoir la prochaine correction ou la prochaine reprise. Il a besoin d’un portefeuille diversifié qu’il pourra conserver pendant les deux.

Rester investi ou anticiper le marché

Anticiper le marché consiste à modifier le moment où nous investissons en fonction d’une prévision sur sa prochaine direction.

Par exemple, nous pourrions :

  • Conserver des liquidités parce que nous prévoyons une baisse
  • Vendre nos placements parce qu’une récession semble probable
  • Attendre une amélioration de l’inflation ou des taux d’intérêt
  • Prévoir réinvestir lorsque les marchés seront moins volatils

Rester investi signifie accepter que les mouvements à court terme ne peuvent pas être prévus de manière constante. Nous investissons selon notre plan financier et traversons les cycles normaux du marché.

Cela ne signifie pas qu’il faut investir sans tenir compte de nos objectifs ou de notre tolérance au risque. Il s’agit plutôt de séparer les décisions à long terme des prévisions à court terme.

Il faut prendre deux bonnes décisions

Vendre avant une baisse ne représente que la première moitié d’une stratégie réussie.

Il faut ensuite déterminer quand réinvestir.

Imaginons que vous vendiez après le début d’une baisse. Les marchés continuent de reculer, ce qui donne initialement l’impression que la décision était bonne. Toutefois, lorsque la reprise commence, les nouvelles peuvent encore être négatives.

Attendre que la situation redevienne rassurante peut alors vous amener à racheter vos placements plus cher que le prix auquel vous les avez vendus.

Pour obtenir un meilleur résultat en anticipant le marché, il faut généralement :

  1. Réduire son exposition avant une baisse importante.
  2. Réinvestir avant une reprise importante.
  3. Répéter le processus sans laisser la peur ou l’excès de confiance prendre le dessus.

Il est possible de réussir une prévision. Répéter ce processus avec constance est beaucoup plus difficile.

L’envie de faire ces prévisions est souvent influencée par le biais de récence, l’excès de confiance et l’aversion aux pertes, des comportements examinés dans La psychologie de l’investissement.

Que montrent les données?

Vanguard a étudié plusieurs stratégies qui transféraient l’argent d’un indice boursier américain vers des liquidités après des baisses de 5 %, 10 % ou 20 %.

Entre 1989 et 2023, les trois stratégies d’anticipation ont terminé derrière celle qui demeurait simplement investie. Le passage aux liquidités réduisait parfois l’exposition à une baisse immédiate, mais faisait aussi manquer une partie des reprises.

Le document Considerations for Index Fund Investing, publié par Vanguard, présente cette comparaison en détail. Le document est offert en anglais.

La chute de mars 2020 constitue un autre exemple. Vanguard a comparé un investisseur qui conservait un portefeuille composé de 60 % d’actions et de 40 % d’obligations avec un investisseur qui vendait au creux de la baisse pour passer aux liquidités.

L’investisseur qui a conservé sa répartition initiale a récupéré ses pertes plus rapidement et obtenu un meilleur résultat que celui qui a attendu la reprise avant de réinvestir.

Vous pouvez consulter cet exemple dans Les principes de la réussite en placement selon Vanguard.

Aucun de ces exemples ne prouve que rester investi gagne pendant chaque période possible. Ils illustrent plutôt le principal problème pratique : la reprise peut commencer avant que l’investisseur se sente prêt à revenir.

Pourquoi manquer une reprise peut coûter cher

Les meilleures et les pires journées boursières peuvent survenir très près les unes des autres, particulièrement pendant les périodes d’incertitude.

Une personne qui passe aux liquidités après une baisse peut éviter des pertes supplémentaires. Elle risque toutefois de manquer une reprise soudaine.

Comme personne ne sait laquelle de ces possibilités se produira en premier, sortir du marché remplace une forme de risque par une autre.

Cette décision entraîne aussi un coût psychologique. Après avoir vendu, chaque mouvement exige une nouvelle décision :

  • Devrais-je réinvestir maintenant?
  • Devrais-je attendre une autre baisse?
  • Est-ce que la reprise est déjà trop avancée?
  • Que se passera-t-il si les marchés baissent immédiatement après mon achat?

Une stratégie à long terme réduit le nombre de prévisions nécessaires.

Le temps permet aux intérêts composés de travailler

Les intérêts composés apparaissent lorsque les rendements de vos placements commencent eux-mêmes à produire des rendements.

Supposons que vous investissiez 10 000 $ et obteniez un rendement annuel moyen hypothétique de 6 % :

  • Après 10 ans, vous auriez environ 17 900 $.
  • Après 20 ans, vous auriez environ 32 100 $.
  • Après 30 ans, vous auriez environ 57 400 $.

Ces résultats sont hypothétiques. Ils ne tiennent pas compte des frais, de l’impôt ou des fluctuations du marché. Les rendements réels varieront et des pertes sont possibles.

L’exemple illustre néanmoins un point important : une grande partie de la croissance potentielle apparaît pendant les dernières années. Reporter son investissement pendant de longues périodes ou passer régulièrement aux liquidités réduit le temps disponible pour la capitalisation.

Pour mieux comprendre ce mécanisme, consultez La magie de l’intérêt composé : comment ça marche et pourquoi commencer dès maintenant.

Faut-il investir une somme importante immédiatement?

Investir régulièrement une partie de chaque paie et investir progressivement une somme déjà disponible sont deux situations différentes.

Si vous investissez 300 $ chaque mois parce que c’est à ce moment que vous gagnez cet argent, vous ne retardez pas volontairement votre investissement. Vous investissez simplement l’argent lorsqu’il devient disponible.

Si vous possédez déjà une somme importante, mais décidez de l’investir sur plusieurs mois, une partie de cet argent demeure temporairement en liquidités.

Vanguard a comparé l’investissement immédiat d’une somme forfaitaire à son investissement progressif. Dans les périodes historiques étudiées, l’investissement immédiat a surpassé une stratégie répartie sur trois mois environ 68 % du temps.

Cela s’explique par le fait que les actions et les obligations ont historiquement rapporté davantage que les liquidités pendant de nombreuses périodes. Investir plus tôt donne donc à l’argent une plus grande exposition à ce rendement potentiel.

Cependant, investir progressivement peut demeurer raisonnable si placer toute la somme immédiatement crée tellement d’anxiété que vous risquez d’abandonner votre stratégie.

Une méthode que vous êtes capable de suivre peut être plus utile qu’une méthode théoriquement supérieure que vous ne pourrez pas conserver.

La distinction importante se trouve entre un court calendrier déterminé à l’avance et une attente indéfinie du moment parfait.

Rester investi ne signifie pas ignorer le risque

Le principe de rester investi est utile seulement si le portefeuille correspond à votre situation.

Une forte exposition aux actions peut être inappropriée lorsque :

  • Vous aurez besoin de cet argent au cours des prochaines années
  • Vous ne possédez pas encore un fonds d’urgence adéquat
  • Votre portefeuille est plus risqué que ce que vous pouvez réellement tolérer
  • Vous détenez des placements très concentrés ou spéculatifs
  • Vos objectifs ou votre situation financière ont changé
  • Vous approchez d’un retrait planifié

La solution ne consiste pas à mieux prévoir les marchés. Elle consiste à choisir une répartition appropriée entre les actions, les obligations et les liquidités avant l’arrivée d’une période difficile.

Notre guide Actions, obligations ou liquidités explique le rôle que chaque catégorie d’actif peut jouer.

Le rééquilibrage ne constitue pas non plus une tentative d’anticiper le marché. Rééquilibrer signifie ramener le portefeuille vers sa répartition prévue. Anticiper le marché signifie modifier cette répartition en fonction d’une prévision.

Comment appliquer ce principe au Canada

1. Protégez d’abord vos besoins à court terme

Conservez l’argent destiné aux urgences et aux dépenses prévues à court terme dans un produit d’épargne approprié plutôt que dans des actions.

Vous réduisez ainsi le risque qu’une dépense imprévue vous oblige à vendre pendant une baisse.

2. Choisissez le compte approprié

Les Canadiens peuvent détenir leurs placements dans différents comptes, notamment un CELI ou un REER.

Dans un CELI, les intérêts, les dividendes et les gains en capital sont généralement libres d’impôt, même lors du retrait. Les cotisations à un REER peuvent produire une déduction fiscale, tandis que les retraits sont généralement imposables.

Le meilleur choix dépend notamment de votre revenu, de vos objectifs et de votre taux d’imposition actuel et futur.

Notre comparatif CELI ou REER présente les principales différences.

3. Choisissez un portefeuille que vous pourrez conserver

Votre portefeuille devrait tenir compte de :

  • Vos objectifs financiers
  • Votre horizon de placement
  • Votre capacité à absorber une perte
  • Votre réaction émotionnelle aux fluctuations
  • Vos besoins en liquidités

Même un portefeuille bien diversifié connaîtra des baisses. L’objectif consiste à choisir un niveau de risque qui vous permet réellement de rester investi.

Pour de nombreux investisseurs, un FNB tout-en-un peut simplifier cette décision en maintenant une répartition prédéterminée entre les actions et les obligations.

4. Automatisez vos cotisations

Les virements automatiques réduisent la tentation de faire dépendre chaque cotisation des nouvelles économiques.

Vous pouvez programmer un transfert de votre compte bancaire vers votre compte de placement après chaque paie. Si votre plateforme permet les achats périodiques de FNB, vous pourriez aussi automatiser l’investissement.

5. Révisez votre plan plutôt que de réagir aux manchettes

Une révision annuelle planifiée est généralement plus utile que la consultation quotidienne de votre portefeuille.

Pendant cette révision, demandez-vous si :

  • Vos objectifs ont changé
  • Votre horizon s’est raccourci
  • Votre situation financière a évolué
  • Votre répartition correspond toujours à votre tolérance au risque
  • Votre portefeuille doit être rééquilibré

Les manchettes ne démontrent pas à elles seules que votre plan à long terme ne fonctionne plus.

Que faire lorsque le marché semble trop cher?

Un marché peut sembler cher et continuer de monter. Il peut aussi sembler raisonnablement évalué et connaître une baisse.

Les évaluations influencent les rendements attendus à long terme, mais elles ne fournissent pas un signal fiable pour choisir une date précise d’investissement.

Attendre une baisse crée donc son propre risque : les marchés peuvent progresser pendant que votre argent demeure en liquidités.

Si investir la totalité d’une somme immédiatement vous rend inconfortable, vous pourriez établir un court calendrier écrit. Par exemple, vous pourriez investir trois montants égaux pendant trois mois.

Déterminez ce calendrier à l’avance et respectez-le indépendamment des manchettes. Vous transformez ainsi une attente émotionnelle en processus défini.

Est-ce que l’anticipation du marché peut fonctionner?

Oui, elle peut fonctionner pendant une période particulière.

Une personne qui vend avant une baisse et réinvestit près du creux obtiendra un meilleur résultat qu’une personne demeurée investie. La difficulté consiste à reconnaître ces moments à l’avance et à répéter le processus en tenant compte des frais, de l’impôt et des émotions.

L’affirmation selon laquelle il vaut mieux rester investi n’est donc pas une loi mathématique. Elle constitue une conclusion pratique pour les investisseurs à long terme qui ne peuvent pas prévoir de manière fiable les mouvements à court terme.

À retenir

Rester investi ne garantit pas un profit, n’élimine pas la volatilité et ne rend pas tous les placements appropriés.

Ce principe offre plutôt un processus plus fiable :

  • Constituer un fonds d’urgence
  • Choisir un compte approprié
  • Bâtir un portefeuille diversifié correspondant à son niveau de risque
  • Investir lorsque l’argent devient disponible
  • Automatiser ses cotisations lorsque c’est possible
  • Rééquilibrer selon un plan
  • Modifier sa stratégie lorsque sa vie change plutôt qu’en réaction aux manchettes

Vous n’avez pas besoin de trouver la journée parfaite pour investir. Vous avez besoin d’un plan solide qui donne suffisamment de temps à votre argent pour travailler.

Cet article est publié à des fins éducatives et informatives seulement. Il ne constitue pas un conseil financier, fiscal, juridique ou de placement. Tout placement comporte un risque, y compris la possibilité de perdre le capital investi. Les rendements passés ne garantissent pas les rendements futurs.